La cérémonie des vœux

Notre argent et la démocratie par la fenêtre

Dans une démocratie, ni roi ni arène ...

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Comme chaque année, immanquablement, inexorablement, désespérément revient la sarabande des cérémonies de vœux. Comme si un jour de plus allait tout changer, le franchissement de cette ligne symbolique du premier janvier met nos pantins en quête de voix en effervescence. Il leur faut mettre les petits plats dans les grands à maintes reprises pour flatter les naïfs, honorer les imbéciles et satisfaire à leur ego démesuré.

Mais cette année, nous allons décrocher dans le même temps la timbale et le pompon car les élections municipales pointent le bout de leur vilain nez. Alors, ceux qui sont en place et entendent bien le rester vont faire assaut de grimaces, de courbettes et de dépenses inconsidérées aux frais de la Princesse pour entretenir à peu de frais leur image.

Rien ne sera trop beau au pays des jocrisses. L’argent public leur file autant dans les doigts que dans le gosier. C’est la clef du succès que d’arroser à tout va tout en promettant la Lune alors que c’est le cocotier qu’ils entendent décrocher. Le pire, c’est que tout le monde ou presque accourt à la farce pour avoir sa part de petits fours tout en acceptant la cerise sur le fardeau : le discours de l’impétrant !

Car en matière d’oralité, le tube digestif fonctionne bien mieux chez nos lascars que la colonne d’air qui devrait en faire des tribuns et non des ventres sur pattes. L’art oratoire se perd dans une corporation qui pourtant n’a rien d’autre à faire réellement que de discourir à n’en plus finir. Au lieu de quoi ils nous gavent de propos indigestes, de phrases bancales, de tirades lénifiantes tandis que le buffet fait passer cette mauvaise mayonnaise verbeuse.

Bien sûr, nos chers édiles municipaux, qu’ils soient avec ou sans étiquette, ne sont pas les seuls à tomber dans ce travers dispendieux. Janvier est consacré à la grande tournée des cérémonies, tous les corps constitués, les associations, les groupes de pressions, la presse et tout ce qui peut servir le seul dessein qui vaille : « durer! » seront invités à l’immense gabegie des fonds publics, ce merveilleux rituel où l’argent est jeté par les fenêtres pour la seule satisfaction de la corporation des traiteurs.

Quand les citoyens ordinaires, sobres et économes se révolteront-ils et viendront-ils jeter à la face de toutes ces canailles les gourmandises qu’ils offrent sans compter à des gens peu scrupuleux et sans aucune morale collective ? Participer à cette farce, c’est implicitement accepter le train de vie des pouvoirs, les privilèges que nos bandits de grands destins s’accordent au nom du prestige du à la fonction.

Il serait plus judicieux de faire entrer dans ces grands rassemblements de l’indignité et du paraître, les invisibles, les exclus, les parias, les clochards, les trimards et autres rejetés. Eux mangeraient pour une fois à leur faim et constateraient d’un peu plus près pourquoi rien ne change dans cette République qui a scrupuleusement reproduit les pratiques de la Monarchie. Alors, offrez vos cartons d’invitation à tous ces miséreux mais n’oubliez pas de les accompagner. Les cerbères risqueraient de les repousser sans ménagement.

Voilà ce que nous pouvons faire de plus utile pour enfin donner du sens à cette pantomime scandaleuse qui jamais ne sera abolie. La cérémonie des vœux est une insulte au peuple, une déraison en ces temps de désastre écologique, une privilège hérité de la féodalité, une négation des valeurs éthiques, une comédie sans fondement ni utilité, une dépense parfaitement absurde. L’empêcher serait une opération de salubrité publique tout autant qu’une action démocratique dans cette odieuse oligarchie vorace d’honneurs et de friandises, de glorioles et de vacuité.

Restrictionnement leur.

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