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Billet de blog 6 juin 2024

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Le petit clic n'évitera pas la grande claque.

Le virtuel ne modifie que rarement le réel.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le cliqueteur cliquette son cliquetis en bandoulière.

Illustration 1

Les militants de base, les vrais, les purs, ceux qui arpentent les rues, sillonnent la campagne, battent le pavé, apostrophent les puissants, se disent parfois qu'ils ne sont plus seuls, qu'une armée de l'ombre est derrière eux, sans pour autant mettre leurs gros sabots dans leurs pas. Ceux-là sont les activistes du clic, les adeptes du partage, les princes de la pétition en ligne. Avec eux, la contestation surfe sur les bonnes intentions qui alimentent les GAFAS sans jamais changer la face du monde.

Je me plais à remarquer ces virtuoses du partage qui n'ont pour seule et unique activité dans l'expression de leur opinion – si ce terme a tant soit peu une résonance dans leur esprit – que de partager un petit pavé sur lequel un aphorisme plus ou moins engagé, exprime une position qui a besoin d'un fond de couleur et d'un corps de police assez gros pour frapper les lecteurs. Ce pavé est au calicot ou la banderole, ce que le doigt d'honneur est à la diatribe. Un ersatz de pensée, une saillie dans le vide, une désolante vomissure.

Et puis Partager suppose une totale adhésion d'un propos qui aurait pu être sien alors qu'il s'agit la plupart du temps que de se situer dans la mouvance des idées qui circulent, qui se plaisent à être dans l'air du temps. Celui qui partage le fait non par conviction profonde mais plus sûrement pour se situer lui aussi dans ce mouvement qui fait l'opinion dominante ou la pensée contestataire de l'heure. Une forme d'opportunisme idéologique en somme.

Au-delà du partage du pavé, il y a souvent le renvoi à l'article qui fait écho, au billet qui a déclenché une approbation ou une réprobation. Qu'importe du reste, il est alors question de démontrer sa capacité à suivre le vaste et incessant soubresaut des idées. Je partage donc je suis quitte à ne pas avoir lu autre chose que le gros titre et parfois le chapeau. On touche alors le fond sans aller au fond des choses.

Et puis il y a le clic, ce fameux Like qui a pris des proportions plus subtiles dans la forme, apportant de la nuance par l'entremise de petites icônes chargées d'exprimer un sentiment. C'est une manière d'adhérer ou de réfuter, de nuancer ou bien de critiquer par un simple clic qui épargne de s'exprimer avec des mots, action le plus souvent hors de portée du premier cliqueteur venu.

L'opinion à coups de clics qui vont alimenter la vaste machine à collecter tout ce que vous pensez, aimez, regardez afin d'établir un portrait-robot d'un individu qui se contente justement de n'être plus qu'un robot. La répétition vaut redondance de l’insignifiance et de la superficialité d'une pratique qui au bout de l'exercice ne vous fera nullement changer le monde mais tout au contraire fera de vous un champion du système.

Quant à la pétition en ligne, elle est si facile qu'elle n'engage à rien, qu'elle ne signifie plus rien et ne change presque rien au problème. C'est tout juste un petit éternuement, une manière de prendre une position l'espace d'un caprice, d'une passade sans lendemain. D'ailleurs, nulle cohérence dans tout ça, l'effet de mode s'impose une fois encore pour faire ce qui est de bon ton à l'instant voulu.

Le cliqueteur cliquette et puis s'en va avec son cliquetis en bandoulière. Il n'a rien à dire et encore moins à écrire. Ce serait déjà beaucoup s'il prenait la peine de lire l'intégralité du message qu'il se charge de transmettre à ses amis virtuels. La plupart du temps c'est l'image qui l'a attiré, c'est avec elle qu'il fait des ricochets dans l'univers de ses relations virtuelles. Changer le réel, il n'en a certes pas l'intention et quand viendra l'avènement final de la société qui se dissimule derrière de telles pratiques, il prendra une grande claque en partageant très vite les messages des nouveaux maîtres du monde.

Illustration 2

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