Bonnes vacances
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Visiter un lieu historique relève souvent du pensum lorsque le guide, sans doute influencé par Stéphane Berne et ses semblables, vous présente l'Histoire par le petit bout de la lorgnette, les frasques des têtes couronnées ou des sangs bleus et les anecdotes qui font recette. Deux ou trois noms célèbres suffiront alors à vous dresser un tableau faussé de l'histoire d'une bâtisse qui se résume aux quelques jours ou plus rarement au peu d'années où ces nobles personnages ont vécu en ce lieu.
Vous ne saurez rien de la vie quotidienne de ceux qui ont œuvré là, qui ont passé leur existence à tenir en état des locaux qui bien souvent n'étaient habités que quelques jours par leurs illustres propriétaires. Vous n'aurez qu'une vision parcellaire de la vie en ce lieu lors de la seule présence tutélaire d'un notable qui a laissé une petite trace dans l'histoire de France.
Pour le reste, pour les centaines d'années durant lesquelles il y a eu des existences, des évolutions, des drames et des moments plus ou moins heureux, ce sera silence radio tant l'existence du petit personnel, des régisseurs, des domestiques et des serfs ne préoccupent nullement le guide et les visiteurs. Il faut du titre et des coucheries, des épopées glorieuses et des trahisons honteuses pour séduire un public friand de gaudrioles princières.
Puis, le tour des potins achevés, il convient de passer par le clou du spectacle : la boutique souvenir. Cette fois, vous plongez dans l'attrape nigaud, la proposition indigne, les souvenirs en « plastoc » qui n'ont strictement aucun rapport avec la vie quotidienne d'un monument qui traversa parfois une dizaine de siècles et parfois plus.
Qu'importe cette réalité, il convient de vendre des petits boucliers en bois, des épées en plastique, des gadgets contemporains et des bijoux et des livres qui n'ont parfois aucun rapport avec la vieille demeure pourvu qu'ils évoquent les époques lointaines et toutes leurs représentations fallacieuses.
Les produits locaux viennent compléter le panier avec vins et bières en majesté plus quelques babioles made in China pour faire couleur locale. Pour valider tout ce tintouin, le prix se fait ronflant en guise de certificat d'origine incertaine. C'est là un critère incontournable dans ces boutiques qui ressuscitent d'une certaine manière les anciens droits féodaux tandis que les vassaux crachent au bassinet avec délectation.
Pour compléter la gamme des attrapes couillons, il n'est pas rare que les jardins abritent quelques facétieuses animations qui font référence à un passé glorieux. On peut ainsi trouver des armures, des engins de guerre et autres réjouissances dont la date de péremption n'a pas souvent de relation avec l'existence du château.
Il y a mieux cependant avec des monstres en plastique ou en toc, du dragon au dinosaure en passant par des animaux exotiques qui viennent ici peuplés un imaginaire qui se joue de la chronologie et de la vraisemblance. Le tourisme, bon prince, se laisse berner avec une telle bonne volonté qu'il va s'empresser de raconter n'importe quoi à ses rejetons, lesquels sortiront de cette visite avec un formidable patchwork historique en tête.
Naturellement, la boutique s'empressera alors de vendre du modèle réduit et éventuellement des livres pour enfants qui narreront les aventures mirifiques d'un dragon chevauchant un dinosaure pour aller lutter contre les forces obscures de chevaliers hirsutes se prenant pour des pirates des Caraïbes. Les enseignants feront éventuellement le tri quelques temps après...
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