Avec le nez qui coule.
Il n'est pas meilleure période pour le dire à la cantonade, alors qu'autour de vous se multiplient les éternuements et les toux grasses. C'est à croire que cette période fut choisie pour qu'il y ait coïncidence entre toutes les formes d'éructation et les souhaits à formuler en prenant bien soin de débuter par la formule rituelle : « Et surtout la santé ! » particulièrement opportune dans pareil cas de figure.
Avant Charles IX, l'année changeait le samedi saint précédent le jour de Pâques, avec une variation entre le 22 mars et 24 avril. Le premier avril et ses farces s'explique ainsi par la possibilité de débuter une nouvelle année par quelques facéties pendables. On peut espérer qu'alors la goutte au nez n'était plus de mise même si la sagesse populaire a toujours prétendu qu'en avril il convient de ne pas se découvrir d'un fil.
Mais revenons à nos vœux qui s'imposent à ceux qui entendent rester de mèche avec leurs semblables. Les formules maintes fois répétées : « Bonne Année ! » ou « Tous mes vœux ! » ne semblent pas lasser des locuteurs qui ne remarquent même pas l’ambiguïté de la seconde expression. À bien y regarder ce « Tous mes vœux ! » mérite fort qu'on s'y attarde.
C'est à croire que l'individu en question se promet à lui-même la réalisation de tous ses espoirs, ses rêves, ses souhaits dans une formule étonnamment réflexive. Elle symbolise à merveille ce monde égocentrique qui place chacun de nous au centre de nos préoccupations. Il serait de même goût de dire « Tous vos vœux ! » ou plus sûrement « À vos souhaits ! » mais ce serait là encourir le risque de voir tousser votre vis à vis.
Il faudrait être de mèche avec lui pour espérer qu'il comprenne cette formulation sans se moucher du nez. La chandeleur avant l'heure en quelque sorte. Manière d'accéder à la prospérité en lançant une crêpe ou bien une telle réplique. Car n'oublions jamais le triptyque de la nouvelle année : « Santé, Bonheur et Prospérité ! » et que l'argent s'impose donc comme une valeur essentielle, tout comme la pièce qu'on tient dans une main pour faire sauter les crêpes.
Mais trêve de galéjades, examinons donc à la loupe ces fameux souhaits et tous ces vœux qui s'échangent ainsi, d'une manière plus ou moins sincère. Évacuons immédiatement de ce champ d'analyse les innombrables cérémonies de vœux aussi dispendieuses qu'insincères qui pour une bonne moitié n'auront donc message que « Réélisez-nous ! ». La coupe est pleine en ce domaine alors que le pays doit se serrer la ceinture.
Les vœux autour de la galette des rois ne valent pas mieux à mon avis puisqu'ils célèbrent ainsi un seul élu en lui attribuant les attributs de la royauté. La fève sur le fardeau d'une année qui se profile à l'horizon avec ses menaces de guerre, de dépôt de bilan et de chienlit dans les allées du pouvoir. La démocratie en pâte feuilletée avec toute cette superposition d'incompétence et d'hypocrisie.
Les vœux pieux sont les seuls qui vaillent. Tout dépend cependant de ce qu'on entend par pieux. Il convient d'exclure la chambre des députés et celle des sénateurs qui ont une position bien assise à nos dépens d'autant qu'ils sont nombreux à dormir au parlement. Le pieu qu'on ne cesse de tirer pour nous libérer de nos chaînes comme le chante Marc Robine n'annonce pas des lendemains qui chantent.
Au terme de ce billet à contre-pied, il apparaît clairement que l'exercice n'a plus guère de sens et que j'entends bien m'en dispenser. N'attendez donc pas que je vous déroule une succession de fadaises pour occuper ce mois de janvier qui n'en finit pas de supporter toutes ces âneries ineptes. Faire vœu de silence en la matière est la plus sage résolution pour entamer une année au cours de laquelle, comme toutes les autres qui l'ont précédée du reste, nos souhaits ne sont jamais exaucés.