Femmes au foyer…

Violences faites aux femmes.

8 mars

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Il n’est pas plus belle histoire macabre que celle des sorcières. Conteur, je n’hésite pas à faire appel à l’image de la Birette en prenant pour modèle Irène, personnage réel du département du Loiret qui a vécu en portant le lourd fardeau de cet anathème. Encore heureux pour elle que le XXème siècle n’était plus porteur d’inquisiteurs odieux. Cela pourtant n'empêcha nullement la malheureuse de vivre l’enfer et de mourir en martyre. Elle trouva une gloire posthume quand sa maison devint un lieu de culture, il était bien tard, la médisance avait fait son œuvre.

Plus connue et souvent emblématique notre Jeanne, la petite bergère connut les affres de l’impitoyable monstruosité des hommes. Elle rejoint là l’immense cohorte des dames qui finirent leur existence sur le bûcher, dans une Europe à feu et à sang, pourvu que ce fut le sexe faible qui en pâtisse. La Sorcière était alors le premier combustible d’affiliation à une société (terme évidemment machiste). La Fraternité du reste ne fera pas mieux, comme si une seule moitié de l’humanité permettait d’agréger une société.

Il est significatif de constater que le fait religieux contribua et contribue toujours à justifier la mise au ban de ce sexe qu’on prétend faible quand on évoque ses droits alors que c’est à elles que les hommes ont toujours confié les tâches les plus délicates, contraignantes, pénibles, rébarbatives. Celui qui a quelque chose qui pend entre ses cuisses devant, sans aucun doute, avoir besoin de se ménager pour permettre l’expansion de l’espèce.

Si les religieux de toute obédience aiment à porter une robe, c’est pour mieux réduire à néant la Femme. Le feu sacré fut certainement le moyen le plus radical pour maintenir l’hégémonie des mâles dont on peut ici apprécier le double sens de ce mot si ambigu. Rien n’a véritablement changé du reste dans cette effroyable main mise d’un sexe sur l’autre si ce n’est peut-être la reconversion des gens d’église vers les petits garçons pour assouvir leurs turpitudes.

Mais puisque le persifleur est également conteur, revenons à la grande histoire, pour offrir en ce jour de lutte et non de distribution souriante de roses et autres niaiseries commerciales, une histoire qui démontre l’iniquité des mots. Que les âmes sensibles, les adorateurs excessifs de la donzelle me pardonnent ce terrible pas de côté !

Il était une fois une petite bergère sentant en elle ce feu sacré qui déplace des montagnes et change la face du monde. Dans sa naïveté, la belle se pensa investie de la parole divine pour mener à bien son dessein. Elle enfourcha un destrier et se revêtit, faute suprême, de la tenue du combattant belliqueux.

Elle eut le mérite immense de convaincre le roi, ce pleutre incapable de mener la bataille contre l’envahisseur, tout autant que d’entraîner les gueux derrière elle. C’est ainsi qu’elle bouta l’odieux anglois de la bonne ville d’Orléans. Là fut son crime le plus terrible, celui qui allait provoquer sa chute quand le temps fut venu des trahisons de tous ceux qu’elle avait rétablis en dignité et en honneur.

Femme elle était, c’est en femme qu’elle serait jugée et condamnée à la pire des sentences : « Sorcière ! » Point n’est besoin d’un nez crochu, de quelques verrues bien placées et de cheveux longs et hirsutes, elle avait porté le pantalon à la place du roi, il convenait qu’elle périsse en suppôt de Satan.

L’église répond toujours présente quand il s’agit de montrer du doigt celle qui a fauté. Seule la Sainte Vierge échappe à la vindicte des hommes confits dans un célibat absurde, l’évêque Cauchon, lui joua un tour à sa façon, la menant sans coup férir vers une fin atroce. La pauvrette résista tant bien que mal, il n’est jamais plus délicat de clamer son innocence que lorsque celle-ci est réelle.

« Femme tu es, femme tu périras par le bûcher. » Il fallait frapper les esprits, leur apporter la lumière dans les ténèbres de leurs superpositions. La malheureuse serait brûlée en place publique. L’évêque dans un sursaut d’humanité lui demanda ce qu’elle désirait. La Pucelle éperdue eut la malencontreuse idée de lui avouer que son vœu le plus cher serait de finir son existence en humble et modeste Femme au Foyer !

En bon Cauchon qu’il était, le prélat comprit la requête comme tous ces hommes qui confondent leur bistouquette avec le glaive vengeur. Il viola la jeune fille afin qu’elle cessât d’être vierge et sans se soucier de ses larmes, la porta sur le bûcher. Il venait de satisfaire à la fois sa lubricité et l’ultime vœu de Jeanne. Elle monta sur le bûcher, n’étant plus pucelle, elle devenait dans l’instant Femme au foyer.

Elle s’éteint le 30 mai 1431. Elle fut et restera un symbole, non pas celui que tous ces hommes imbus de leur personne, s’empressent d’instrumentaliser pour défendre la Famille, le Travail et la Patrie en invoquant Dieu tout en défilant derrière son avatar mais bien celui de la femme humiliée, trahie, abandonnée, martyrisée. Que les flammes de l’enfer brûlent les arpions de tous ceux qui considèrent ainsi la Femme !

Paroboliquement vôtre.

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