Les grands oubliés du Confinement.

Le revers de la pagaille

Amours clandestines ...

 

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Tandis que les couples légitimes se regardent en chien de faïence au point de saisir enfin le sens exact de cette expression en terminant de briser le service de table issu de la lointaine liste de mariage, les enfants tournent en rond dans ce cercle familial trop étroit pour eux. Ils rêvent de périphérie et d’agrandir leur rayon d’action. C’est ainsi que l’épreuve leur fera toucher du doigt les mystères du nombre π. Ils se mettent à regretter amèrement l’école, ce qui, avouons-le est une formidable conséquence de la crise.

D’autres enfants, pas encore conçus ceux-là, rongent leur frein. Ils sont les suppositions lointaines de ces couples en devenir, comme ces deux amants : Juliette et Roméo qui ne se sont pas encore installés en ménage et qui pour l’heure sont cruellement privés de leur moitié d’orange. C’est ainsi que chacun de leur côté, ils baignent dans leur jus, pressés qu’ils sont de pouvoir enfin s’aimer à nouveau. Suivons les dans ce parcours du combattant que constitue l’amour en temps de guerre pour ces deux-là...

Le corps réclame sa part et les voilà confinés sans pouvoir retrouver cet être cher dont l’absence se fait cruellement sentir. Les corps peuvent-ils exulter dans ce huis-clos épouvantable ? Ils cherchent des raisons d’espérer, imaginent mille et un stratagèmes pour se retrouver en pâmoison. Ils ne peuvent plus user de la bienveillance d’amis complices qui de temps à autre leur ouvraient leur porte en leur absence. Le confinement de ceux-là les privent d’une planche de salut tandis que la fermeture des hôtels leur coupe la piste des étoiles.

Le téléphone constitue un lien précieux, quoique sans fil, il vous attache à l’être désiré si fortement que le forfait a besoin de se faire illimité. Il ne compense pas ce besoin impérieux des corps de se frôler, de se toucher, de se tendre l’un vers l’autre. La puce ne se glisse qu’à l’oreille et grande devient leur frustration. Repoussant les contraintes, ils cherchent comment enfreindre l’interdit. Ils se donnent rendez-vous dans un supermarché. S’ils ont là le bonheur ineffable de se parler de vive voix, entre les rayons il est bien compliqué de butiner l’autre, de faire son miel d’une rencontre sous le regard de quidams masqués qui ne fermeront pas les yeux sur leurs débordements. Ils doivent renoncer à la chose…

L’appel des sens leur joue un vilain tour. Alors que chacun de leur côté ils font la queue à la pompe, ils se lancent des œillades à mettre le feu. La moindre étincelle risque de provoquer un désastre. Ils s’envoient un SMS en dépit des risques et des consignes de sécurité. C’est décidé, le plein fait, ils entendent faire le vide, à l’écart de ce parking qui n’est pas aussi bondé qu’à l’accoutumée.

Ils se retrouvent dans la voiture de monsieur. Elle a des vitres teintées qui devraient les mettre à l’abri des curieux. Ils s’embrassent, ce qui n’est pas si facile avec ce maudit masque. Pour plus de sécurité, ils ont conservé leurs gants et lui a enfilé un objet en latex qu’il convient de ne pas mettre qu’à l’index. Ils peuvent enfin se retrouver dans une étreinte merveilleuse quand un policier vient frapper au carreau.

Le fonctionnaire contrôle leurs laisser-passer. Ils avaient tous deux coché la case : « Achat de première nécessité ». Le pandore admet volontiers la nécessité, il a été jeune lui aussi et sait combien il est difficile de résister à l’appel des hormones. Mais il est intransigeant sur la dimension non commerciale de la transaction. Les deux amants deviennent contrevenants. L’amende remplacera l’extase et sera multipliée par deux.

Fous de colère, ils s’en retournent chacun de leur côté. Ils envisagent alors de s’exiler en bord de Loire, un havre de paix qui a toujours été propice aux amours clandestines. Hélas, un homme en uniforme interdit ses rives, ayant là décision qui les privent d’aller compter fleurette sur un banc de sable. L’amour serait-il à contre-courant de ces temps obscurs ?

Qu’importe la conjoncture, ils se promettent amour et fidélité dans le respect des directives gouvernementales. Ils regardent à la lettre les critères de sortie inscrits sur le formulaire qu’ils ont dûment imprimé. L’amour rend aveugle, après une lecture incomplète, ils se mettent d’accord sur la formule : activité physique et besoins animaux. Ils ne doutent pas que pour eux c’est la loi de l’espèce qui réclame leur étreinte.

Ils se fixent un rendez-vous sous une porte cochère, sous un balcon ça va de soi, à une heure matutinale, afin d’éviter le risque de rencontres importunes. Juliette trouve un peu cavalière cette proposition même si elle n’ose le lui glisser à l’oreille. Elle accepte, se donne à son Roméo en ouvrant grand ses bras et la porte. Elle sort de ses gonds, pousse un râle qui attire un gardien de la paix des ménages.

Cette fois, ils n’y coupent pas. À l’amende s’ajoutera l’outrage aux bonnes mœurs. Derrière le représentant de l’ordre, il y a malgré tout le cœur d’un homme sensible et compréhensif. Il les conduit au poste, les enferme tous deux dans un réduit en une garde à vue loin des regards, dans une cellule discrète afin qu’ils jouissent enfin sans entrave de cette intimité que les circonstances leur refusent. Ils s’aimèrent et l’histoire ne nous dit pas si de cette union naîtront des enfants.

Amoureusement leur.

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