C’est Nabum (avatar)

C’est Nabum

Bonimenteur de Loire et d'ailleurs

Abonné·e de Mediapart

5142 Billets

2 Éditions

Billet de blog 9 juillet 2025

C’est Nabum (avatar)

C’est Nabum

Bonimenteur de Loire et d'ailleurs

Abonné·e de Mediapart

Les trois sœurs Bonté.

C’est Nabum (avatar)

C’est Nabum

Bonimenteur de Loire et d'ailleurs

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Histoire de famille

Illustration 1

Il n'est pas simple de passer derrière quatre frères turbulents qui n'ont eu de cesse durant leur enfance de faire les quatre cents coups avec une détermination sans faille. Pour Charlotte, Émilie et Anne, l'héritage était d'autant plus pénible que Renaud, Allard, Guichard et Richard n'avaient jamais été bienveillants à leur égard. Ils se faisaient un devoir de leur en faire voir de toutes les couleurs.

Outre la réputation de leurs frères qui leur collait aux basques, elles devaient de plus grandir avec les tracasseries qu'ils ne cessèrent jamais de leur faire subir. Qu'importe, c'est sans doute ce qui leur forgea un caractère bien trempé, une manière de répondre à rebours de ce qui faisait la mauvaise réputation de leurs tourmenteurs.

Si les garçons se firent vite appeler les quatre frères farceurs, leurs frangines grandirent dans leur ombre mais se rattrapèrent bien plus tard lorsque, dans tout le pays, on finit par les nommer les trois sœurs bonté. C'est de cette réussite exemplaire que j'entends ici vous narrer pour leur rendre hommage après avoir raconté précédemment le parcours plus douteux de leurs aînés.

Tout commença par la petite dernière à cause sans nul doute de son prénom. D'aussi loin qu'elle s'en souvienne, quand la chère enfant était en bord de Loire, ses frères mais aussi des amis ou des connaissances n'avaient de cesse de lui dire : « Anne, ma sœur Anne ne vois-tu rien venir ? » Ce leitmotiv sans cesse ressassé l'avait tout d'abord exacerbé avant que par un curieux détour, elle y vit un appel mystique. Anne se fit sœur pour de bon en prenant le voile et en se mettant au service des plus démunis, devenant une infirmière dévouée tout spécialement aux gens de la rivière. Et je puis vous assurer, qu'il y avait de l'ouvrage…

Puis vint le tour d'Émilie. Tout en admirant sa jeune sœur sans pour autant avoir la vocation, elle se mit en demeure de se mettre elle aussi, au service de son prochain. Est-ce le fait de devoir appeler sa petite sœur « Ma mère » qui la poussa à se faire à son tour Mère dans la maison de la coquille, à l'imitation de ce qui se passe chez les compagnons. Émilie se dévoua corps et âme au service des pèlerins de Compostelle qui, empruntant la voie littorale, faisaient escale dans cette merveilleuse demeure sise en cette époque dans la rue du Héron. Elle préparait le repas, faisait des lits, lavait le linge avec un courage et une détermination admirable. Elle aussi avait en tête de racheter par son exemple les turpitudes de ses frères.

Enfin, c'est l'aînée qui prit à la suite de ses deux cadettes un chemin de dévouement et de charité. Après un mariage de courte durée avec un marinier qui périt en Loire au passage d'un pont, elle se mit en demeure de réunir des fonds afin de construire dans l'église Notre Dame de Recouvrance, une belle chapelle, dite de Bon Secours, afin que les épouses de ces hommes si souvent en péril sur les flots, puissent venir prier et déposer des cierges. Non seulement elle reçut de quoi réaliser son projet mais elle mit la main au plâtre pour que celui-ci se réalise.

Les trois sœurs héritèrent ainsi du sobriquet de Sœurs Bonté, une juste récompense tout autant qu'une forme de rachat familial pour redorer un blason largement terni par les gredins qui leur servirent d'aînés. Le hasard voulut que bien des années plus tard, il se trouva en Angleterre trois sœurs portant les mêmes prénoms qu'elles, qui écrivirent des romans. Ces dernières restèrent dans les livres d'histoires tandis que de manière fort injuste, nos trois orléanaises échappèrent à la célébrité.

Il est permis de penser que leurs frères ne leur rendirent nullement service en se comportant fort mal. Il est également possible de supposer que leur basse extraction peut justifier pareille injustice. De tous les habitants de la basse ville, honnêtes gens s'il en est comme dirait un certain ministre de l'intérieur, seul le brave Alexandre-Joseph Caboche eut accès aux honneurs, à la légion d'honneur et à la postérité tandis que marchands et grands bourgeois de moindre mérite laissèrent leurs noms sur des plaques de rue, y compris en trempant dans le commerce triangulaire. Bonté et notoriété ne font sans doute pas bon ménage en bord de Loire, hier comme aujourd'hui encore.

Illustration 2

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.