Reprise des hostilités dès lundi !
Comment parvenir à les toucher vraiment ?
Voilà bien une des questions qui déchirent les professeurs, lors de leurs réunions ou discussions dans cette étrange salle où ils se retrouvent à l'abri des élèves. Excluons tout de suite les mesures habituelles qu'ils réclament à bout d'indignation contre celui ou celle qui leur pourrit la vie, la classe, leur nuit parfois, leur santé hélas ! Nombre de mes collègues, le nez dans le guidon et l'exaspération au bout des lèvres en viendraient vite à l'arsenal qui est de la responsabilité du chef d'établissement : exclusion temporaire ou conseil de disciple !
Il faut avouer que la tension est devenue si forte dans les établissements, que les transgressions, les marques d'irrespect, les insultes, les menaces sont devenues si fréquentes que beaucoup dans la profession sont à bout de nerf. Couper le membre qui semble porteur du germe est devenu la méthode opératoire qui recueille le plus de suffrages. Je ne peux les en blâmer même s'il y a dans cette manière une façon peu raisonnable de refiler le bébé et l'eau du bain à son voisin.
Le professeur n'a comme moyen de coercition que de bien maigres moyens compte tenu de l'armement de ceux qui sont parfois devéritables adversaires. Le mot dans le carnet est devenu la plupart du temps parfaitement inopérant. Des familles signent dans le meilleur des cas sans même lire (quand elles disposent de cette ressource) la bafouille vengeresse. Le coup de téléphone aux familles est rarement suivit d'une réponse, bien des parents sont injoignables ou ne décrochent plus quand le collège les appelle.
La punition classique, écrite, est une peine partagée. Le professeur doit trouver un travail adapté à un élève qui le fera sans aucune application. En prime, le pauvre maître devra consacrer du temps à une correction qui ne sera jamais lue. C'est à désespérer les dernières bonnes volontés tout en constituant un gaspillage de papier bien inutile.
La retenue est alors le recours par dépit pour beaucoup. L'enseignant pense que l'élève, bloqué une heure de plus dans ce lieu de douleur, vivra cette peine comme une manière de réfléchir à son comportement. Je ne dis pas que la chose ne serve pas auprès de rares bons élèves, soucieux de donner une bonne image d'eux. Mais j'en connais qui font concours d'heures de colle entre eux et se réjouissent d'obtenir cette forme de reconnaissance de la part de leurs souffre-douleur.
J'ai depuis fort longtemps abandonné cette punition qui ne sert qu'à accentuer l'animosité entre les deux parties sans jamais avoir le plus petit effet bénéfique. J'ai la conviction que la punition doit être rare et forte, surprenante et insidieuse. Je sais que les bonnes consciences seront outrées par la formule et plus encore par le procédé. Qu'ils viennent à ma place dans des classes où manifestement, toutes les autres méthodes ont échoué !
J'avertis qu'un comportement particulièrement désagréable, irrespectueux et pénible ( nous en sommes rendus à un degré de tolérance qui laisserait pantois nos vieux maîtres d'antan), entraînera une mesure de rétorsion au moment que je jugerai opportun. Évidement, le dialogue est toujours préférable à cette extrémité. Le doute plane, l'information n'est pas claire. Pourtant, le jour où le couperet tombe, c'est terrible.
Je vous ai relaté une sortie aux vendanges où le matin même, un garçon a découvert, stupéfait et indigné, qu'il ne faisait pas partie de l'aventure. Je peux aussi vous parler d'une sortie au cinéma où j'ai laissé en étude un charmant garçon qui avait véritablement pourri la sortie précédente avec des collègues qu'il écoute encore moins. Là encore, l'effet de surprise, le coup qu'il n'attendait pas lui tombe sur la tête et le met en rogne.
Ajouter l'inattendu à la frustration, marquer une limite en différant la punition, agir à froid avec une fermeté sans réplique car les limites ont depuis longtemps été dépassées, me semble de nature à obtenir le choc salutaire qui fera grandir celui à qui, ce jour-là, on fait très mal. On peut me dire que je sors du cadre réglementaire et je peux vous assurer que je m'en fiche totalement. Qu'on m'apporte la preuve que les grimaces que l'on peut bien leur faire ont une quelconque utilité et je veux bien réexaminer mes manières déplorables !
Je sais encore qu'au pays des bisounours, certains me diront qu'il suffit de dialoguer, d'expliquer, de tancer en faisant les gros yeux pour que l'enfant comprenne son intérêt. Ceux-là sont de merveilleux magiciens ou de fieffés menteurs et ne doivent certainement pas exercer avec les mêmes publics. Pour eux, je serai toujours un vieux con et je crois que j'en suis assez fier !
Sévèrement leur !