Qu'allaient-ils faire dans ces hélicoptères ?

 

 

 La leçon d'un drame dérisoire

Je crains qu'il ne soit, hélas, pas utile de revenir sur le dramatique accident qui a coûté la vie à dix personnes quelque part en Argentine. Au-delà du drame individuel de ceux qui ont perdu si sottement la vie et de la douleur immense des familles et des amis dont nul ne songerait à se gausser ni encore moins à se réjouir, il me semble nécessaire de s'interroger sur l'écho médiatique et politique considérable qu'à eu ce trop banal accident de circulation aérienne.
 

Là où la chose prend des allures d'affaire d'état c'est que les plus hautes autorités de l’État se sont crues obligées d'y aller de leur petit couplet larmoyant. Tout est donc prétexte à récupération, à tentative d'occupation du terrain médiatique, sans se soucier ni du contexte ni de la portée réelle de ce qu'il faut commenter à tout prix.

 

Pour déplorable que puisse être cette information, elle ne devrait pas mériter pareille exploitation politique. Il me semble que la fonction présidentielle a besoin de hauteur. On ne peut dire que l'hélicoptère confère cette valeur. La notoriété n'est pas non plus une raison suffisante pour mettre en branle la machine à faire pleurer dans les chaumières.

 

Un président ne devrait intervenir que pour les événements d'une portée symbolique ou d'une immense répercussion sur la vie de la nation. Là, nous sommes dans une lamentable opération télévisuelle : un jeu indigne de figurer au panthéon de l'intelligence et du rayonnement français. Ceux qui se livraient ou participaient à de telles farces en assumaient certainement les conséquences tout comme ils revendiquaient les éventuelles retombées ; le chef de l’État devrait se taire et faire preuve de moins de réactivité de midinette.

 

Quant aux journaux télévisés et aux radios, ils ont placé en tête de gondole la pale d'or de l'accident stupide et dérisoire, laissant de côté les malheurs du monde, les guerres et les drames collectifs, les attentats et les calamités de toutes natures. La vie de joyeux sportifs en quête de sensations fortes est sans doute fort exaltante ; qu'elle s'achève loin de chez eux pour mieux nourrir la machine à décerveler le public, béat d'admiration, ne devrait en rien constituer une information choc.

 

Nous sombrons dans une perte des valeurs qui pousse à s'émouvoir de futilités dérisoires même si la mort a été au bout du chemin pour ces pauvres gens. Faire le guignol dans une nature hostile, aller au bout de ses ressources morales, dépasser la peur et la souffrance physique sont donc des objets de divertissement télévisuel. Il faut l'accepter puisque nos voisins sont devenus à ce point lobotomisés qu'ils s'extasieront devant les images rapportées à grand coup de taxe carbone.

 

Les réseaux sociaux bruissent de commentaires ; le peuple est ému, bien plus que pour les victimes des guerres moins lointaines. Ce n'est donc pas la distance qui est en jeu mais une certaine capacité à se reconnaître en celui ou celle qui a fait vibrer le bon public. Les champions sont devenus les modèles d'une société qui se vautre dans le spectacle de l'indécence; les politiques se contentant de briller à côté d'eux ou bien auprès des vedettes de cinéma … Ils sont devenus si peu qu'ils sont sans cesse à la recherche de faire-valoir.

 

Je m'indigne de constater combien il est impossible de mettre à distance le drame individuel que je déplore comme chacun de ceux pour qui, la vie d'un être humain, quel qu'il soit, est un bien précieux et irremplaçable, et l'émotion collective d'un jour pour quelque chose qui ne mérite aucune compassion supplémentaire.

 

Ils ne sont pas victimes de monstres : ils ont choisi en conscience de participer à cette honteuse mascarade, à cette caricature de notre temps ; ils ont sans doute négocié cette participation. Ils savaient ce qu'ils risquaient et ce qu'il y avait à gagner en terme d'image et de visibilité, d'exposition médiatique.

 

La surexposition médiatique de l'heure va bien au-delà de leurs espérances. Je ne m'en réjouis pas mais je le répète, je m'interroge sur ce qui nous pousse collectivement à sombrer dans une débauche larmoyante, une surenchère de communiqués et de déclarations auxquelles je participe à ma regrettable manière. Nous perdons tout lien avec le réel et le sens de la hiérarchie des faits. Nous sommes manipulés par une société qui ne pense et ne raisonne qu'en terme de spectacle; fût-il macabre ! J'en ai froid dans le dos …

 

Téléréellement leur.

 

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