C’est Nabum (avatar)

C’est Nabum

Bonimenteur de Loire et d'ailleurs

Abonné·e de Mediapart

5153 Billets

2 Éditions

Billet de blog 11 septembre 2012

C’est Nabum (avatar)

C’est Nabum

Bonimenteur de Loire et d'ailleurs

Abonné·e de Mediapart

À BOU, Le Bonimenteur, la langue bien pendue

C’est Nabum (avatar)

C’est Nabum

Bonimenteur de Loire et d'ailleurs

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le Bonimenteur n'est pas à la fête !

La fête de la Binette bat son plein comme le veut cette étrange expression. Le chaland se presse sur le bord de l'eau, là où sont nos bateaux de bois. L'envie fort naturelle d'ailleurs, vient à chacun de monter sur un rafiot et de profiter ainsi de la beauté du fleuve. Ce qui peut paraître si simple devient par l'excès de zèle du législateur, bien délicat. Seule une embarcation est homologuée pour prendre des passagers.

C'est donc une longue file humaine qui se crée devant le ponton. L'humain est ainsi fait que dès qu'une pénurie pointe le bout de son nez, il se range spontanément en file indienne. La pratique mériterait qu'on s'y attarde mais nous n'en avons guère le temps. Nous ne pouvons embarquer que douze passagers, il faut faire vite pour ne pas que l'attente soit trop longue.

C'est alors le moment de l'embarquement pour les heureux élus, les plus patients, les plus malins qui ont coupé les rangs ou trouvé un ami de circonstance en tête de file. C'est le lot de cet animal si bien socialisé que de garder au plus profond de lui quelques vieilles traces de la vie sauvage. La loi de la jungle vaut aussi en bord de Loire, les spécialistes devraient se pencher sur la question …

Malgré la longue attente, c'est néanmoins le premier pas sur le bateau qui coûte. Les uns hésitent, réclament l'appui d'un bras pour franchir cette marche haute et mouvante, les autres tentent de gruger l'équipage en oubliant de verser leur écot pour participer aux frais. On retrouve encore une particularité humaine. Décidément notre opération tourne à la leçon de sociologie !

Cette fois, nous avons fait le plein. Il est grand temps de partir à l'aventure du fleuve. Le capitaine présente, selon l'usage, son bateau, sa belle toue sablière : « La Sterne » du nom de ce bel oiseau migrateur qu'on nomme aussi mouette rieuse ou hirondelle des mers. Il donne ensuite la parole au bonimenteur qui agrémentera le voyage de menteries à sa façon.

Il me faut tout d'abord évoquer les règles de sécurité. J'invite les passagers qui n'ont pas le pied marin et les enfants à se munir d'un gilet de sauvetage. Ainsi parés, nos hôtes peuvent filer vers le naufrage auquel je les convie. La balade va sombrer dans la farce et le mélange des genres. Ces pauvres gens n'ont pas conscience du traquenard qu'on leur réserve …

C'est un récit bilingue qui leur est proposé. Le guide s'adresse à eux dans sa langue maternelle, ce beau langage des bords de Loire, berceau du français. Mais comme tout marinier qui se respecte, il use à plaisir d'une langue de bois qui, à force d'être trop chargée, tourne inévitablement en gueule à la fin de la soirée. Ce sont là, les aléas de la navigation ligérienne !

Fort d'un discours qui tient l'eau, notre conférencier se lance alors dans la grande aventure de l'histoire. Il embrouille tout le monde, lui y compris en sautant du coq à l'âne, de Maurice de Sully à Attila, des Turcies aux levées, des crues à l'étiage, des culs de grève aux terribles bîmes. Les passagers sont attentifs, ils gobent ses menteries vraies, avalent ses vérités fausses. J'espère que tous s'amusent de ce télescopage des dates et des faits.

Personne ici n'est très regardant sur la chronologie et c'est tant mieux. C'est au petit matin embrumé que je découvre avec stupeur et consternation que j'ai commis une petite erreur temporelle de quelques trois siècles qui passa totalement inaperçue sur le pont. L'histoire n'est pas à la fête non plus dans notre enseignement et j'en profite lâchement.

De retour au ponton, nos sages passagers sont ravis d'avoir appris une telle masse d'informations sur la Loire. Ils repartent la tête moins pleine que les yeux, c'est là l'essentiel ! Il faut écouter d'une oreille distraite le bonimenteur pour admirer à plaisir la beauté du spectacle Qu'importent mes modestes et trompeuses histoires, la Loire demeure majestueuse !

Sablièrement vôtre.

Photographies : Bertrand Deshayes

Vidéo : Jean le Transmetteur de Loire

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.