Orléans – Nevers – Orléans
Le Bonimenteur en galère ...
Ne reculant devant aucune turpitude, ni aucun sacrifice afin de vous faire vivre les péripéties rocambolesques des mariniers de Loire, votre bonimenteur préféré a joué le reporter pérégrinant. D'Orléans à Nevers pour revenir à Orléans, vous allez suivre la folle aventure d'une toue cabanée et de son équipage interlope. Que les enfants et les âmes sensibles quittent au plus vite cette lecture édifiante !
Tout commença autour d'une bouteille de vin suisse. Le fait n'est pas banal pour des gens de Loire et je dois à la vérité de vous l'avouer, le rouge aux joues et le chasselas du Valais en bouche. C'est à cet instant crucial que j'appris qu'il y avait con-voyage à faire, d'un bateau de Nevers à Combleux et un petit peu plus encore …(Cherchez vous même la blague vieille comme la marine de Loire ) Voulant vous faire partager au plus près les embruns et le vent du large, j'acceptai la mission qui m'était assignée ; rendre compte de cette nouvelle Odyssée.
Le lendemain, je devais naturellement payer de ma personne le droit d'être du voyage. Sous des dehors bonshommes et joviaux, mon capitaine est un homme dur et exigeant. Il me réclama de vider un silure de 30 kilogrammes. L'épreuve est déjà délicate, il osa réclamer qu'elle se fît en public et sur un bateau à quai. Vous ne pouvez imaginer de quoi il peut être capable !
C'est ainsi que j'accomplis ce rite de passage et que je pris le train, enveloppé d'une odeur de poisson qui était du meilleur effet. Par esprit retors sans doute, l'homme poussa la farce jusqu'à prendre un billet de première classe pour que votre serviteur et son parfum halieutique soit la risée des voyageurs argentés et néanmoins distingués.
Le voyage n'aurait pu être que simple formalité si prendre le train pour aller d'un point à un autre relevait de la simple géométrie du chemin le plus court. Que nenni ! Nous dûmes faire escale à Vierzon, perdant ainsi la Loire de vue pour rendre visite au Cher et à l'Arnon. Les vingt-cinq minutes de correspondance nous autorisèrent une visite de L'orient Express, café situé en face de la gare. Malgré son nom, l'endroit nous fit un sandwich « jambon-Gruyère » des plus convenables !
Puis ce fut l'arrivée à Nevers qui eût peut encore tourner au drame , sans que cette fois, j'en fus responsable. Mon capitaine, homme moderne par excellence avait branché dans le train ses deux téléphones portables, ses batteries d'appareil photographique et son ordinateur portable. La navigation exige désormais un petit appareillage complexe …
Surpris par l'arrivée en gare, il mis un temps certain à ranger sa menue artillerie numérique et néanmoins électrique. C'est bon derniers qui nous descendîmes de ce train, la gare était déjà vidée de nos collègues voyageurs. Dans le hall, Bibi, le skipper de l'aventure s'en était déjà allé, pensant que nous avions pris un autre train !
Heureusement, le téléphone est dans ces temps de grande impatience un précieux instrument de secours. Un appel évita de faire de nous des naufragés du rail. Mais le pire allait venir peut-être. Dans sa précipitation, à moins que ce ne fût qu'une hâte incontrôlée, mon capitaine accéléra le pas, empêtré qu'il était d'un immense sac, bien loin d'être marin, muni, toujours au nom de la modernité, de roulettes.
Le nœud du drame est en place. D'un quai à l'autre, l'usager SNCF doit emprunter des escaliers, solution technique archaïque et mal commode pour le sac à roulettes. Et là, sous mes yeux ébahis, mon capitaine fit belle figure acrobatique aux alentours de la septième marche. Je crus le voir, une nouvelle fois, passer cul par-dessus tête, la poignée de l'immense en sac dans une main, son barda électronique dans l'autre et son inséparable appareil photographique autour du cou. L'expérience précédente n'ayant nullement calmé l'intrépide !
Par miracle, il se rétablit avant que de sombrer à terre, ce qui eût été un comble pour ce marin émérite. Il en fut quitte d'une belle frayeur, d'un genou encorné et d'un pantalon déchiré. C'est dans cet appareil qu'il retrouva Bibi, pour le début d'une longue soirée.
Épiquement vôtre