À côtés de la plaque.
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Une fois encore, roulement de tambour, sonnerie aux morts et attitude martiale seront au rendez-vous d'une cérémonie qui au fil des années a perdu sa signification profonde. Les poilus sont enterrés définitivement dans les abysses de la mémoire pour honorer les militaires professionnels morts en mission à l'étranger. Non pas qu'il faille repousser ce sacrifice mais il n'a aucun rapport avec celui des appelés civils convoqués pour participer aux massacres guerriers à partir de 1870 jusqu'à la guerre d'Algérie.
La mémoire au garde à vous me fait froid dans le dos. Elle a besoin de discours pompeux venus de cette puissance publique si prompte à faire de nos vies des variables d’ajustement. Le texte souvent mal lu est d'une insigne médiocrité littéraire, surchargé de truismes et de propos fort loin du pacifisme qui devrait être de rigueur.
Tout ce qui se passe autour du monument aux morts n'est qu'une représentation de plus pour que quelques élus en mal de notoriété viennent tirer la couverture à eux tandis que ceux qui font l'exigeant travail quotidien dans la commune doivent leur laisser le micro. Dépôt de gerbes par des tribuns qui peu ou prou sont les représentants historiques des planqués d'alors.
Les descendants de la chair à canon n'ont qu'à se taire devant la solennité d'une célébration fort loin de la fureur de ceux qu'on envoyait à la mort. Point de chansons de Craonne ni de dormeur du Val pour honorer ces pauvres bougres qui n'avaient rien demandé et qui bien souvent se sont dressés contre la folie meurtrière des chefs.
Tant que ces cérémonies sont aux mains des vieux barbons portant écharpe et respectabilité servile, la poésie, la chanson, l'émotion et l'élévation de l'esprit ne seront jamais au rendez-vous. Le public se fait de plus en plus maigre tant personne ne se retrouve dans cette parodie de cérémonie martiale. Il n'a surtout jamais droit à l'expression pour défendre une autre vision de ce qui se joue en cet instant.
Le pouvoir entend ranimer la flamme, non pas celle des larmes et des souffrances, des sacrifices inutiles et des exécutions honteuses, des morts civiles et des massacres des soldats mais celle d'un patriotisme qui se prépare éternellement à remettre ça. L'orateur évoquera alors les dangers de l'époque, la montée des menaces, la nécessité de s'armer, le besoin de cohésion nationale derrière le drapeau…
Pendant ce temps, les pauvres sacrifiés dont les noms sont gravés là s'interrogent sur le destin que ce monde prépare à leurs descendants lointains. Ils doivent penser que rien n'a changé même si l'ennemi a pris de la distance. Ils se demandent à quoi a servi leur sacrifice pour que toutes les conditions soient réunies pour remettre le couvert.
Les poètes auraient tant à dire pour clouer le bec à cette clique qui n'aime rien tant que la parade militaire, le faste d'un défilé qui se charge de mettre derrière des barrières ce peuple qui tôt au tard devra contraint et forcé, subir la loi impitoyable des engins de terreur de l'industrie de la mort.
Rien n'a vraiment changé donc si ce n'est la part désormais réservée aux civils, aux innocents, aux gens de l'arrière dans ces nouveaux conflits qui se passent de ligne de front pour déverser le feu sur les femmes, les enfants, les vieillards et tous ceux qui ne sont pas en uniforme. Par un mot ne sera prononcé pour honorer ceux-là d'hier et leurs pareils d'aujourd'hui dans diverses régions du monde.
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