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Billet de blog 12 juin 2012

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Le Girouet et le moulin à paroles.

Première sortie.  Depuis le temps que je tournais autour du pot, que je semais à tous vents mes histoires sans queue ni tête, il fallait qu'un jour, je finisse par aller les dire devant de pauvres gens qui ne méritaient pas pareille punition. C'est au restaurant le Girouet que je mis à l'eau ma petite embarcation raconteuse. Un frêle esquif de mots et de fables, une embarcation qui gite au moindre verre de vin blanc qu'elle vient à croiser.

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Première sortie.

Depuis le temps que je tournais autour du pot, que je semais à tous vents mes histoires sans queue ni tête, il fallait qu'un jour, je finisse par aller les dire devant de pauvres gens qui ne méritaient pas pareille punition. C'est au restaurant le Girouet que je mis à l'eau ma petite embarcation raconteuse. Un frêle esquif de mots et de fables, une embarcation qui gite au moindre verre de vin blanc qu'elle vient à croiser.

À deux pas de ma fille Liger, il n'y avait pas meilleur endroit pour mettre en bouche mes écrits jusque là silencieux. Entre deux plats, je suis venu me proposer à la table des convives du restaurant le Girouet. Une intrusion malhabile, une effraction en conteur, un trou ligérien pour aborder la suite du repas en bonne appétit. La recette peut sembler cavalière alors qu'elle ne se croit que marinière.

J'avais pour l'occasion, taillé deux contes à ma façon et emporté dans ma besace tous mes écrits à ne pas croire. Des menteries à n'en plus finir, des variations autour de l'eau et du vin, de la tradition et de l'imagination. N'étant pas capable de me départir d'un texte poussé à grands coups de bourdes, c'est en lisant que je devins diseur de Loire. La fabuleuse histoire du vinaigre d'Orléans rendait hommage sans le savoir au maître de céant. Descendant d'une grande famille de vinaigriers, il ouït la farce sur les quais de la Loire, quand le service fut achevé.

Il fut encore question, restaurant oblige, d'une histoire de matelote. Il faudra la prochaine fois, accorder nos violons et mettre au menu, ce plat si couru. Je doute qu'après avoir entendu cette farce, les clients fassent encore bonne figure au plat. Mais c'est en vivant dangereusement qu'on devient pour de bon, des gars de la Loire, des mariniers aux pieds légers et à l'estomac souvent chagriné.

Je trouvai oreilles attentives, gens venus ici sans trop savoir à quelle sauce ils seraient mangés. Ils me convièrent à leur table le temps d'une histoire, manière élégante de passer le temps quand, dans la cuisine, on s'active, pour préparer la suite du programme. Je leur disais alors, par le menu, les heures de gloire et de déboires de notre fleuve sauvage. Soucieux de ne pas me voir me noyer dans ce trop d'eau, chaque tablée eut la délicatesse de remplir ma coupe.

Voilà comment, à la fin de la soirée, la tête me tournait tout autant qu'au début. J'étais arrivé, le cœur battant la breloque, découvrant en ce lieu les affres du trac. Je partis le cœur frappant la chamade, de quelques verres bus et du bonheur d'avoir surmonté mes impossibles craintes. D'autres fois viendront, d'autres contes naîtront pour nourrir des soirées qu'il faudra renouveler et faire aimer ce fleuve qui coule en majesté !

Nous proposerons, à n'en point doute, d'autres circonstances. Au delà de la table, des sorties sur le fleuve, un embarquement conté, des histoires à ne pas croire, au milieu de la Loire. C'est sur l'eau que je suis comme un poisson nageant tout à mon aise en mots troubles. C'est là que se poursuivra ma modeste carrière de marin en pente douce.

Le Girouet sera mon premier port d'attache. Prenez le temps de réclamer au maître de maison, si l'envie vous en prenait, de héler bien vite le diseur zélé de ses histoires inventées d'une marine de foire. J'arriverai à pied, j'ai retenu la leçon, vous servir mon brouet de fables et de gros mensonges autour de ce magnifique ruban d'eau qui s'étire à nos pieds. Vous n'aurez qu'à me payer d'un sourire et d'un petit coup à boire pourvu que ce fut d'un petit vin de Loire !

Girouettement vôtre.

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