Poubelle sera la vie…

Le paradigme du consumérisme effréné.

Ça déborde  !

a0

Elles sont le symboles de cette société de l'opulence, de l’excès, du mépris de la nature et de la démonstration sans limite de notre capacité à toujours repousser plus loin les limites de l’acceptable, du raisonnable, du convenable. Elles dégueulent notre mépris, elles regorgent de nos reliefs, elles empuantissent l’atmosphère et dénaturent nos rues. Elles sont individuelles ou bien collectives, enterrées ou bien démonstratives. Depuis quelques années, elles se parent se distinguent les unes des autres de manière à nous en faire voir de toutes les couleurs afin que se perpétue une sélection dont nous doutons tous des effets.

Jadis, en une époque lointaine, où ni développement durable ni le tri sélectif n’entraient en ligne de compte, elles étaient promptement ramassées au petit matin par des éboueurs qui n’avaient pas besoin d’un vocable anglophone pour faire convenablement leur métier. Il y avait bien quelques animaux errants pour en renverser quelques-unes mais les employés de l’époque étaient en mesure de se baisser pour rattraper la chose.

Puis, la mécanisation a évité aux hommes de soulever les poubelles. L’uniformisation a jeté aux oubliettes nos vieilles poubelles qu’elles fussent métalliques ou bien en plastique. Nous avions tous l’obligation d’utiliser le contenant estampillé, doté d’un système automatique assurant le « soulevage » et le vidage au cul du camion dévoreur de nos immondices. De ce qu’il faut bien reconnaître comme une évolution, tout ce qui dépassait ou bien tombait, pour une raison quelconque, était laissé là, en plan sur le trottoir. Le rendement et le cahier des charges ne permettant plus aux gars accrochés derrière la benne, de ramasser les miettes.

Nous n’étions pas au bout de nos peines. La sélection naturelle avait mis à la tête de nos cités des gens capables de réfléchir mieux que les autres. Il nous fallait désormais faire le travail de triage avant la gare centrale, équiper nos demeures de bacs de différentes couleurs pour répartir ce qu'il nous faudrait ensuite porter dans des réceptacles gigantesques. Le travail changeait de mains et c’était à notre tour de prendre des gants. Honte à ceux qui ne montraient pas un esprit civique tout autant qu’écologiste. Qu’importe si leurs petits logements rendaient impossible une organisation qui exigeait place et patience.

Ensuite, les grands conteneurs furent enterrés. Ils choquaient la vue et l’odorat de ceux qui passaient devant sans oublier les nuisances sonores pour les riverains du bac aux verres. Cela aurait pu être un progrès considérable du point de vue esthétique si le vidage de ces avaleurs de misère n’avait pas été réduit par soucis d’économie. Les pourtours de ces charmantes gueules béantes se transformèrent en décharges à ciel ouvert pour peu qu’elles soient éloignées du centre de la cité, toujours mieux servi !

C’est alors que nous découvrîmes que nos efforts étaient souvent vains. Que le tri que nous acceptions de réaliser au nom d’un bel idéal était soigneusement méprisé par les sociétés qui avaient empoché le marché public. Du tri, du recyclage, il y en avait certes, mais à la marge, pour moins de dix pour cent de ce que nous avions déposé. Pire encore, le nombre des rotations diminuant, surtout à la périphérie des métropoles, les grandes bacs collectifs devinrent des montagnes désolantes tout autant que débordantes de notre consommation effrénée.

Moins belle serait la vie sans nos poubelle d’antan. Pour corser le tout, les réceptacles à ordures placés sur la voie public se firent transparents pour éviter nous dit-on d’y cacher une bombe. L’argument serait recevable si ces sacs plastiques étaient retirés régulièrement. Hélas, ils regorgent eux aussi de canettes, de cartons, des emballages disgracieux et mal odorants de la restauration rapide, grande pourvoyeuse de déchets urbains. Il y a tant qu’il serait aisé d’y enfouir un objet explosif …

Tout ce joli bazar est d’ailleurs prisonnier d’un savant colimaçon métallique en forme de ressort à double hélice, capable de déchirer la poche quand le préposé au ramassage fait enfin sa tournée. L’esthétique du mobilier urbain prime sur son efficacité au pays des commanditaires. Tout est parfait dans le meilleur des monde puisque nulle loi sérieuse ne vient punir ces sociétés qui emballent à outrance. Nos rues deviennent des immondices, nos rivières des poubelles, nos forêts des décharges.

Dans nos campagnes, ils font plus fort encore. Pour satisfaire sans aucun doute à la sauvegarde de la planète, chacun doit prendre sa voiture pour aller déposer dans la grande poubelle collective munie d’une ouverture automatique avec système de pesée intégré, sur présentation d’une carte magnétique individuelle. Des emplois en moins et des milliers de déplacements plutôt que celui d’un seul camion, la logique est à l’œuvre, celle que je ne parviens jamais à m’expliquer.

Ils nous prennent vraiment pour des idiots ceux qui organisent cette joyeuse pagaille. Leurs discours pour bien huilés qu’ils soient ne sont jamais en rapport avec les intentions affichées. Naturellement au bout du compte, il y a des marchés juteux, emportés par des sociétés si peu vertueuses qu’elles ont toutes compris que pour empocher la mise il fallait offrir quelques cadeaux à des donneurs d’ordre au-dessus du tout soupçon. Les seuls dindons de la farce, comme toujours, c’est nous autres.

Déchargement leur.

a1

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.