À moins que vous préféreriez le chameau !
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Sans nul mot tif, je me suis retrouvé avec un cheveu sur la langue alors que je venais de le couper en quatre. La chose peut paraître surprenante pour qui ne croit pas au pouvoir des mots. Pour moi, il en allait tout autrement et je me mis en quête de trouver le mot bile de cette curieuse aventure.
Longtemps cette recherche me provoqua une crise de foie avant que je comprenne que mon amour des mots confinait à la dévotion, une forme de pratique cultuelle qui me poussait à les déformer sans cesse, à les passer à la moulinette de mon imagination pour en extraire d'autres sens qui me laissaient parfois interdit.
Je me maudis tout d'abord de ne pas respecter ainsi leurs racines et leur étymologie puis petit à petit j'en vins à penser qu'un mot dit tôt ou tard rejoindra le rang des mots tard circulant en mot tôt sur une curieuse piste faite de circonlocutions et d'épingles à cheveux. Je retrouvais ainsi un motif à ma convenance pour poursuivre l'aventure.
Un des motards me glissa à l'oreille qu'avec un mot tu j'aurai eu la bouche cousue ce qui m'aurait privé du désagrément initial. Je ne pouvais lui donner tort même si ce fut un élément déclencheur qui loin de me défriser, me fit au contraire, emprunter de nouvelles voies. Il n'est jamais aisé de tirer une morale qui s'applique à tous.
C'est alors qu'un mot râla tout près de moi, il semblait souffrir après une chute ou une erreur de prononciation. Un cavalier sur son bolide mécanique avait poussé les gaz trop fort, le mot rue, la moto se cabra et le motard fut désarçonné. Voilà ce que c'est que de se montrer par trop cavalier en pareille circonstance.
Relisant ces quelques lignes, je me rendis compte qu'il fallait s'accrocher aux branches pour suivre mes divagations. Il est vrai que n'est pas mot lierre qui veut pour atteindre les sommets de la langue, ni même des mots'art quand il s'agit d'enchanter le silence. Pourtant je n'en avais pas terminé de ce récit à ne pas prendre au mot à mot.
Pour élever le niveau je pris un modèle, usant alors d'une plume d'ange pour voler de ses propres ailes sans me faire houspiller par un mot lard de mes congénères. Même les mots laids perchés sur la cime des arbres trouvent ainsi une plus grande plénitude, n'ayant plus jamais peur d'engendrer des coquilles…
Vous incitant à prendre la balle au bond sans mot lire, je vous convie à parcourir ses quelques lignes avec mansuétude et l'esprit aux aguets. C'est alors que je me rends compte d'une grave erreur de ma part. Il convient de lire attentivement ce texte sans queue ni tête pour en extraire la substantifique moelle.
Pour éviter que vous m'en pondiez une pendule, il convient de sonner la fin de la séance, usant d'un mot heure de recherche pour trouver la chute qui en sonnera la dernière heure. Comme ce n'est pas du gâteau, rien ne vaut un bon mot ka pour ne pas être chocolat en lisant ce billet qui n'est ni de la tarte ni même la crème de la littérature.
Comprenant bien trop tard l'inanité de ma tentative, je décide d'en finir. Des lecteurs me mot leste, manquant soudainement de souplesse à mon encontre. Je me glisse alors des mots pieux autour du cou pour faire mon entrée dans un mot a stère afin de montrer de quel bois je me chauffe.
C'est ainsi que dans le jardin des mots d'Eden je pris un mot aux culteurs, ayant l'ambition déraisonnable de semer la culture des mots. Hélas, pour eux, un vilain coup de tabac semait la terreur parmi eux, chamboulant leur ordonnancement séculaire. Il fallait fuir la tempête en prenant le large. Un mot gréé me permit de lancer la grande voile en cessant de maugréer sur le sens de tout cela ! Le mot de la fin pouvant réveiller le sempiternel combat entre les anciens et les mots dermes.
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