La part du lion…
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Les élections municipales ont ceci de fort surprenant de souvent mettre en avant la tête de liste sortante en dépit d'une très longue présence aux affaires. C'est à croire que si par ailleurs, les électeurs sont souvent adeptes du « dégagisme » au niveau national, ils sont frileusement conservateurs dans leur pré carré. Si cette réaction permet le plus souvent d'offrir une nécessaire durée à l'équipe en place, il y a malgré tout une limite au-delà de laquelle le ticket électif semble semé d'embûches.
Alors que notre bon maire envisage un cinquième mandat avec la conviction tranquille que le menu fretin qui désire se confronter à lui, ne peut en aucun cas faire le poids, je m'interroge, non sur la valeur de cet édile qui est indiscutable, mais plutôt sur les mécanismes qui se mettent en place quand le temps finit par enkyster la vie démocratique et l'exercice du pouvoir.
Bien sûr, dans pareil cas et avec l'inévitable usure du temps, la liste se modifie à la marge tout en maintenant en place une garde rapprochée qui, au fil du temps - défaut à mes yeux rédhibitoire - se sent dépositaire de la seule parole recevable et propriétaire de la cité. Il y a une forme néfaste de prédominance absolue d'une seule pensée qui, convaincue de son ancrage validé par les élections successives, considère désormais et systématiquement comme nulle et non avenue toute proposition émanant de l'opposition.
Le résultat est détestable puisqu'à la fois, cette pratique repousse toute idée de compromis mais de plus réduit à l'état de figurant pitoyable ceux à qui l'on cloue régulièrement le bec jusqu'à les humilier parfois lors de séances houleuses. Comment voulez-vous ensuite que ces derniers puissent apparaître comme des alternatives crédibles l'élection suivante ?
Ce péril s'aggrave et s'amplifie au gré des mandats successifs avec la transformation de plus en plus prégnante du conseil municipal en simple chambre d'enregistrement avec des débats écourtés pour lesquels toutes les pièces de nombre des dossiers ont été dissimulées à ceux qui ne sont plus que des pantins dérisoires. La démocratie devient fictive et tout ceci renforce alors un pouvoir de plus en plus hégémonique qui s'appuie sur une seule tête.
Trop de mandats conduisent à ce naufrage du dialogue, des débats constructifs et l'absence systématique de compromis puisque seule la pensée du chef est pertinente. J'use à dessein le terme de chef et pourrait même aller jusqu'à potentat, tant on glisse rapidement vers un pouvoir personnel exclusif et sans discussion.
Quant aux membres de la garde rapprochée, ils deviennent au fil du temps des béni-oui-oui qui ne font qu'entériner les désirs du patron, sans même plus être en mesure d'apporter quelques nuances, de légères inflexions ou des idées nouvelles. Seul pour eux compte de rester en place, à l'ombre de cet être si puissant.
La démocratie suppose le mouvement des idées, le changement des décideurs et le refus de l'immobilisme. Je ne doute pas un seul instant de la valeur du candidat mais trente années à la tête d'une ville, à mon sens, ça ne veut plus rien dire. Il conviendrait que de lui-même ce monsieur se dise qu'il est temps de laisser la place. Hélas, dans un tel système, il est fort rare que la pratique du pouvoir personnel ne permette l'émergence d'un successeur.
Vous comprenez alors pourquoi le même s'accroche au pouvoir en conservant sa garde rapprochée qui ne pourra jamais constituer une alternative en cas de vacance du pouvoir tant elle s'est contentée de toujours acquiescer. Ce phénomène se trouve aussi dans quelques petites communes du département dans lesquelles l’auto-congratulation des sortants à répétition tient souvent lieu de bilan en dépit de résultats éminemment critiquables.
J'invite les électeurs à mesurer les risques de scléroser la vie de leur cité en renouvelant sans cesse leur confiance à des candidats en place qui finissent par blanchir sous le harnais en se pensant propriétaires des lieux. Un petit vent de nouveauté est toujours rafraîchissant !
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