Son ticket n’est plus valable

Licenciement.

Ça se passe ainsi dans à Orléans-Métropole

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Un banal accident de la circulation de tramway, un comme il en arrive assez souvent tant les piétons agissent de manière imprévisible pour les chauffeurs. Un accident sans aucune conséquence, plus de peur que de mal, la femme qui n’avait pas fait attention se relève. Le chauffeur s’est parfaitement occupé d’elle. Il pense avoir fait le nécessaire. La femme ne porte pas plainte. D’autres avant lui ont connu ce genre de problème sans que des sanctions ne soient prononcées.

Cette fois pourtant, cela semble ne pas sentir bon. Une mise à pied, un conseil de discipline et au bout du compte un licenciement que le pauvre garçon apprend par la bande. Depuis, pas un seul message de sympathie de la part de collègues qui ignorent tout de la solidarité, pas plus du côté de sa hiérarchie qui ne doit pas savoir ce qu’est l’empathie.

Il est licencié, désespéré et se demande comment réagir alors que c’est déjà trop tard. Pourquoi lui ? Pourquoi une telle sévérité ? J’aurais bien quelques pistes. Une société qui brille par sa gestion sociale, une Métropole qui donne dans une gestion autoritaire, un chauffeur dont la sexualité n’est sans doute pas conforme à la bonne réputation de la cité Johannique, un garçon qui n’a même pas pris la peine de se faire assister par un délégué syndical et se trouve en position de faiblesse.

Tout est réuni pour faire un exemple. Quand on pratique un management par l’angoisse et la peur, l’occasion est fort belle. Le malheureux se retrouve à la rue, frappé au porte-monnaie, humilié et détruit, sans perspective avec sa pension d'invalidité militaire qui lui ferme de nombreuses activités professionnelles. Rien de tout cela n’a été pris en compte par ses censeurs. Ceux-là veulent asseoir leur pouvoir, ils ont là, une victime parfaite.

Pourtant en désespoir de cause, le chauffeur mis à pied, renvoyé sans un regard, licencié sans coup férir m’a demandé d’écrire une lettre de colère, un coup d’épée dans l’eau, certes mais un geste qu’il a envie de réaliser avec panache pour ne pas subir sans réagir, pour conserver son honneur dans la tourmente. J’ai hésité, me doutant que tout était trop tard, puis j’ai compris que ma prose, pour cautère sur une jambe de bois, n’en serait pas moins un vrai baume au cœur. Alors, je vous la livre pour respecter son désir de diffuser sa rage et sa colère.

Tour ceci se passe en Orléans, vous l’aurez compris. Une ville qui brille par son sens de la démocratie. La coterie est au pouvoir depuis si longtemps, on s’accorde des privilèges entre héritiers, on se congratule tandis que les humbles ploient sous les coups. C’est une ville d’ancien régime, un espace où les privilèges demeurent pour les uns tandis que pour les autres, la dureté est de mise. Il convient parfois d’en faire écho.

 

Truchement sien

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La lettre

 

Le couperet est tombé, impitoyable et sans appel m’annonçant mon licenciement suite à un malencontreux accident de circulation sans aucune conséquence corporelle alors que je pilotais le Tramway A à hauteur de l’arrêt Bustière. Licenciement que j’ai appris d’ailleurs par la bande, par une simple annonce de mon départ sur le mouvement du personnel. La délicatesse n’est pas de mise dans vos procédures. Qualité qui fait cruellement défaut à toute votre hiérarchie puisque personne n’a pris la peine de me contacter en dehors de l’envoi impersonnel d’un courrier recommandé.

Si les circonstances sont floues, si ma relation des faits fut vague, nous pouvons l’expliquer par l’émotion dûe à l’incident tout autant qu’au grand âge de la victime (96 ans) ainsi qu’au temps passé entre les griefs incriminés et la redoutable sentence, visant bien plus à châtier et servir d’exemple qu’à rendre la justice de manière équitable et loyale. Tout dans la procédure a montré la volonté de Kéolis de couper une branche, de frapper fort pour asseoir une autorité qui n’autorise pas la moindre infraction, ni même la plus petite erreur quand celle-ci vient de la base.

La mise à pied de quinze jours fut une première attaque, un déclassement spectaculaire, me plaçant au ban des autres conducteurs, me mettant d’entrée de jeu dans un ostracisme qui annonçait une décision déjà prise. Que durant ce temps vous n’ayez jamais entendu la victime de ma maladresse, qui n’a pas porté plainte, qui n’a eu à déplorer aucune conséquence physique, atteste si besoin que vous avez pris prétexte de l’incident pour écarter un pilote qui devait vous déplaire, sans humanité ni considération pour les services rendus.

Que vous rétorquer alors ? Que vous avez profité de ma naïveté, moi qui ne me suis pas fait assister lors du conseil de discipline, pour user tout à loisir de votre pouvoir de vie et de mort professionnelle sur un chauffeur ! Que vous n’ayez jamais envisagé une seule seconde que vous alliez me pousser à la désespérance et sans doute à l’obligation de changer de région, pour trouver un nouvel emploi. Que vous m’avez détruit psychologiquement, ce qui, à bien y regarder, a dès le début, été l’objectif de ce rouleau compresseur. Que jamais vous n’avez tenu compte de ma pension d’invalidité au titre de l’armée.

La sentence est là, inhumaine et sans appel. Circulez, il n’y a rien à voir dans une entreprise où le mépris est la règle, où la toute puissance de la direction est le principe de base d’un pouvoir sans nuance. Je suis pris dans les filets d’une volonté claire de frapper, sans prendre en compte mon parcours, sans se soucier véritablement de tenir compte des véritables conséquences d’un incident qui au final fut bénin. Elle se situe dans une logique qui dépasse le cadre habituel puisque d’autres conducteurs ont eu à déplorer des accidents avec des dommages sans que la même punition ne soit prononcée.

Je suis le parfait bouc émissaire d’une gouvernance qui se fonde sur la terreur et l’absence de communication, venant d’un encadrement qui ignore tout des réalités du terrain. Rayé des cadres, je devrais subir sans réagir, disparaître sans faire de vague afin que vous puissiez continuer à gérer votre personnel comme des pions taillables, corvéables et jetables à merci. Vous m’avez tellement humilié, tellement fait souffrir que je vais diffuser ce cri du cœur, montrer à tous votre inhumanité. C’est l’ultime recours dont j’ use simplement pour restituer cette dignité que vous m’avez systématiquement refusée lors de cet épisode.

J’en appelle enfin à la prudence des usagers de la route. Ne traversez pas devant le tramway, la société qui le gère est en attente de licencier d’autres conducteurs, pour le seul plaisir d’asseoir son autorité, sa morgue et son pouvoir absolu. Kéolis est une machine à broyer les braves gens, prenez garde de ne pas participer à ses noirs desseins.

Croyez en ma profonde et irrépressible colère.

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