En tête de lit
Agrandissement : Illustration 1
Qui se targue d'écrire quotidiennement ne peut coucher sur le papier des mots incertains sans avoir fait son miel d'auteurs confirmés ou non. Avant que de me penser écriveur, je suis d'abord un lecteur compulsif, ce qui me semble être la moindre des choses. Cependant, je dois vous faire un aveu sur ma manière de satisfaire à ce vice.
Lire certes, mais pas n'importe comment d'autant que je prends un livre souvent en étant attiré par sa couverture. Alors par simple association d'idée, il m'est tout à fait naturel de lire au lit, quelle que soit l'heure du reste. La chose me paraissait naturelle sans que j'éprouve le besoin d'en informer mes semblables jusqu'à ce que par l'entremise d'une relation de réseau social, je découvre avec effarement que je rentrais ainsi dans une curieuse case.
Ce n'est pas sans surprise que du jour au lendemain, je devenais un « Librocubiculariste » impénitent aux yeux des experts en catégorisation de nos multiples travers et innombrables manies. Il me fallait pousser l'investigation afin de coucher sur le papier toutes les conséquences de cette classification. C'est donc au saut du lit que je me mis en quête d'une compréhension satisfaisante de ce mot à dormir debout. Quoiqu'il ne soit pas de nature à donner des cauchemars, il a malgré tout de quoi inquiéter tant sa longueur est de nature à en perdre le sommeil. Si le « libro » initial n'a pas de quoi s'arracher les cheveux, le « cubi » suivant me met le cul par-dessus la tête avant que le « culariste » final me plonge dans un abysse d'interrogations.
Poussant l'investigation plus avant, je confiais à la toile le soin d'éclairer ma lampe de chevet. Ainsi je me trouvais rasséréné en lisant ceci : Le terme librocubiculariste est formé d'après les mots latins liber, qui signifie « partie vivante de l'écorce » et, par extension, « livre », ainsi que de cubiculum, qui signifie « chambre à coucher ». Aucun vice ne se cachait dans ces termes que j'avais sottement séparés.
Pourtant il me fallait remonter aux origines d'un terme fabriqué de toutes pièces sans doute par un collègue de la pratique susmentionnée. Le terme est apparu dans un roman de Christopher Morley publié en 1919. Il me fallait en savoir plus et c'est ainsi que je trouvais cette indication essentielle : « Publié en 1919, La Librairie hantée de Christopher Morley est un classique méconnu de la littérature américaine, véritable plaidoyer pour le pouvoir guérisseur des livres et hommage vibrant à ceux qui les aiment et les font vivre. »
Je ne pouvais être comblé par l'origine de ce mot qui le place totalement au cœur de mes préoccupations. Il convient alors de préciser que la publication qui me permit de découvrir ce mot provenait d'un site : « Camus et ses idées ». La sérendipité venait de jouer un curieux tour comme seuls les lecteurs assidus peuvent en vivre.
Je suis actuellement plongé avec délectation (dans mon lit vous l'aviez compris) dans la lecture de Plumes d'Ange de Martin Winckler, foisonnante biographie de son père Ange Zaffran qui eut justement Albert Camus comme camarade et ami de lycée. Ajoutons que le parcours de ce personnage le conduisit finalement à Pithiviers (dans mon département) où il acheva son parcours de médecin. Ce jeu de coïncidences ne pouvait que me pousser à vous offrir ce billet.
C'est donc au lit que je lis. L'évidence saute aux oreilles pour qui pratique la langue des oiseaux. Sans vouloir tirer la couverture à moi, je vous invite à faire de même maintenant que vous pouvez mettre une définition derrière cette pratique. Pour mes amis de Pithiviers, je ne peux que conseiller ce livre qui les conduira, après un détour en Algérie et en Israël, dans ce qui fut la sous-préfecture du Loiret.
Agrandissement : Illustration 2
Pour tous les autres, mon dernier livre : « Au gré du vent et des courants » pose un léger petit problème, si je peux le dire ainsi. Son poids (765 grammes) et sa taille en font un compagnon de lit trop encombrant. Vous pourriez alors faire une exception pour mieux goûter par comparaison cette pratique si plaisante de la lecture au lit maintenant que vous savez comment la qualifier.
Agrandissement : Illustration 3