La dissolution du peuple

L’entre-soi des nouveaux privilégiés.

En Marche à R'cule !

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Le grand coup de balai promis aura lieu. Je reste sans voix d’ailleurs tant je pensais que les positions des vieux barons arrogants demeureraient inébranlables. C’était sans compter sur la désespérance d’un peuple qui ne se sent plus concerné par la chose publique. Il faut bien reconnaître, à sa décharge, que les politicards professionnels, les grands partis mafieux avaient tout fait au préalable pour confisquer la démocratie à leur seul profit. Qu’ils soient à leur tour poussés vers la sortie à grands coups de pieds au C... n’est qu’un juste retour de bâton !

Mais en attendant, la représentation nationale va atteindre encore à la caricature. La nouvelle vague amplifiant plus encore le phénomène d’évincement du peuple réel des instances décisionnaires. À la place des vieilles badernes adipeuses et prétentieuses, nous allons avoir des jeunes loups aux dents acérées, des ambitieuses issues d’une classe sociale qui n’a jamais mis les mains dans le cambouis. La belle opération que voilà, les vieux, les retraités, les ouvriers, les paysans, les pauvres, les chômeurs n’auront plus la parole ni même le moindre porte-voix dans cet hémicycle qui va prendre des allures de sauterie à paillettes.

La moitié des électeurs ne s’est pas déplacée et il en ira plus mal encore lors du prochain tour. La Démocratie s’est vidée de sa signification par la faute même d’un système qui amplifie à la déraison une petite supériorité numérique. Rayer le peuple de la carte électorale pour se permettre des réformes qui vont toutes contre ses intérêts, anéantir les droits et les protections, c’est transformer le pays en une jungle libérale absolue.

Le risque est immense de la désespérance. La colère prendra le relais de l’indifférence et de la déception sourde. À ainsi mépriser puis effacer les souffrances et les difficultés, les nantis se sont assuré un triomphe facile, une ascension aisée, un couronnement sans résistance. Mais que faire d’une chambre qui n’est que la copie conforme des privilèges et des réussites ? Les autres doivent-ils être éliminés ? L'eugénisme est en marche et la ségrégation par la réussite une certitude. Malheur aux exclus de la galette !

Celui qui ne peut plus se faire entendre finit par hurler avant que de se mettre à mordre et pire encore. C’est la terrible réalité de la nature et le gentil banquier lisse et ses sbires ont bien tort de se réjouir d'une victoire éclatante trompeuse et factice. Les éclats justement seront pour bientôt, quand ceux qu’ils vont harceler sans cesse par des ordonnances honteuses, des mesures injustes, des décisions iniques finiront par avoir la rage.

Balayer les sortants pour mettre en place une cohorte qui ne fera qu’endosser les mêmes habits, prendre les mêmes travers, se fondre dans les déplorables habitudes passées n’a aucune utilité. Le peuple a renoncé à se faire entendre car il a compris qu’il n’est jamais représenté. Ce n’est pas en changeant les têtes d’affiche qu’il a la moindre chance d’être compris. Celles-là sont certes nouvelles mais tout autant éloignées de ses préoccupations et de sa réalité.

Ce système est entièrement à changer car il donne tous les pouvoirs à une caste qui ne représente qu’une infime partie de la société. C’est un accaparement scandaleux du pouvoir, un complot médiatique fomenté par des valets d’un libéralisme sans état d’âme, par des serviteurs de groupes de pression souterrains qui font ramasser la mise au profit d’un tiers état qui va retourner à sa situation d’avant 1789.

Le banquier lisse vient de réaliser un coup d’éclat sans précédent dans l’histoire qui n’est en réalité qu’un habile et insidieux coup d’état inodore et incolore. Pourtant déjà nous arrivent les remugles de ce qu’il va mettre en place. Les coupes honteuses dans nos droits, le racket fiscal pour les plus faibles, les avantages pour les plus riches. Nous changeons de régime, le pouvoir est aux mains d’un pion de la banque et de la finance internationale.

Le peuple s’abstient de tout commentaire tout autant que de participer à cette farce. Il sait qu’il va être harcelé, martyrisé, nié par la secte de l’argent roi. Une période noire s’ouvre à ceux qui n’ont pas l’heur d’être dans le rang des élus de la prospérité, des princes de la réussite, des champions de la jeunesse triomphante et privilégiée. Prosternons-nous devant sa majesté Emmanuel premier et sa nouvelle cour. Nous ne sommes rien qui vaille pour ces dignes représentants de l’iniquité.

Dépitement sien

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