Les mots du vélo.
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Il n'est pas plus joli langage fleuri et imagé que celui qui revient sur nos antennes chaque année à l'occasion du tour de France cycliste. Les adeptes de la petite reine se font un malin plaisir de jalonner la longue et souvent morne retransmission de termes qui proviennent d'un jargon sportif qui pour une fois ne jargonne pas mais nous offre bien des images plaisantes. Ces termes sont si nombreux qu'il serait fastidieux de les énumérer ici et je préfère me consacrer à l'un d'eux, qui mérite bien de décrocher la timbale !
Le baroudeur à bicyclette, à l'occasion de cette épreuve est celui qui a pris la poudre d'escampette devant un peloton qui lui laisse un billet de sortie, histoire d'amuser la galerie et le nombreux public avant que de se faire croquer par les équipiers des sprinteurs à quelques encablures de la ligne d'arrivée. Il se sera démené pour l'honneur et éventuellement le prix de la combativité tout en montrant le maillot durant de longues heures.
Le baroudeur agit donc le plus souvent pour l'honneur et ramasse des queues de cerise ou se trouve définitivement chassé du peloton quand, repris, il ne peut plus en suivre la cadence infernale n'ayant plus rien dans les chaussettes. C'est souvent un anonyme qui réclame son heure de gloire, une gloire éphémère et vite oubliée hélas.
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Se lancer dans pareille aventure ne manque ni de panache ni de courage d'autant que pour se faire la jaquette, il faut appuyer fort sur les pédales le temps de sa faire la belle. Si par inadvertance il a manqué le bon wagon, il aura cependant la possibilité de partir en facteur pour tenter de rejoindre les échappés du jour. Une épreuve aussi vaine qu'épuisante la plupart du temps.
Mais le baroudeur qui prend en cet instant magique la poudre d'escampette sait-il que ce joli mot vient de l'arabe : « baroud » pour désigner justement une poudre à canon ? J'en doute d'autant que dans sa musette point de canon mais des bidons de ceux dont les hommes de troupe remplissaient leur musette avant de monter au front.
Puis le mot prit son envol en restant dans un registre belliqueux. Faire le baroud signifia en France partir au combat, un combat désespéré sans doute comme celui qui oppose notre baroudeur à un peloton qui fondera sur lui inexorablement avant la flamme rouge. Le baroudeur fut donc un guerrier qui partait non pas à l'assaut comme le commun des mortels, mais en expédition au petit bonheur la chance.
Au fil d'une époque qui s'accorda quelques décennies de paix en Europe, le baroudeur prit la clef des champs pour devenir un aventurier, partant loin des sentiers battus, le plus souvent en solitaire ou un petit comité sans forcément un but précis ni même un plan d'étape. Nous revenons à nos cyclistes qui le nez au vent, tenant une folle échappée, héritèrent de ce terme.
De l'autre côté de l’atlantique nos cousins du Québec font usage d'un verbe presque semblable : barauder qui signifie flâner, se promener. Du baraudeur au baroudeur il n'y a qu'un pas qu'il convient cependant de ne pas franchir puis le second n'amuse pas le terrain et que loin de flâner, depuis qu'il a mis le nez à la fenêtre, il n'en garde plus sous la pédale.
Rendons donc gloire éphémère à nos baroudeurs dont l'aventure va mourir à l'approche de la ligne d'arrivée. Avalés, dépassés, éjectés du peloton, ils tenteront une fois prochaine de remettre ça en espérant cette fois que leur initiative sera couronnée de succès. En attendant, ils savent que le lendemain, ils auront la jambe lourde et devront se contenter de sucer les roues en essayant de ne pas trop faire l'élastique.