Frappé par la foudre

Je me nomme Guy Quercus et il y a peu j'ai été frappé par la foudre, non pas celle qui vient de nos orages dont je me suis préservé depuis quelques siècles, mais de celle émanant de la main d'hommes qui se prétendent sous-traitants du Seigneur des Cieux. Mon histoire mérite de vous être conté avant qu'il n'en soit fini de mon glorieux passage sur terre.

Le sacrifice de Guy Quercus

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 Je me nomme Guy Quercus et il y a peu j'ai été frappé par la foudre, non pas celle qui vient de nos orages dont je me suis préservé depuis quelques siècles, mais de celle émanant de la main d'hommes qui se prétendent sous-traitants du Seigneur des Cieux. Mon histoire mérite de vous être conté avant qu'il n'en soit fini de mon glorieux passage sur terre.

J'ai toujours été fier de mes racines, ce qui fit de moi un Solognot de pure souche. J'étais si bien ancré dans mon territoire que je n'ai jamais eu la moindre envie de voyager. J'ai craint un temps que des mariniers ne viennent m'enlever à mon domaine pour satisfaire à leurs envies de navigation mais j'ai tenu bon, je suis resté solide au poste, me contentant de mon bel étang, en étant le symbole tout autant que l'attraction.

Les enfants plus que quiconque avaient compris combien ils pouvaient s'appuyer sur moi pour les distraire, les dissimuler au regard des adultes, leur offrir un terrain de jeu à nul autre pareil. Devenus grands, ils vinrent me confier leurs premiers amours, me présentèrent leurs enfants qui à leur tour profitèrent de ma douce bienveillance.

Je conseillais tous les gens du pays, montrant le chemin pour la cueillette des cèpes ou des pieds de mouton, cachant les girolles à mes pieds car je les préférais à tous les autres. J'hébergeais les oiseaux et les petits rongeurs, offrait ma protection aux insectes, dispensant à tous un doux tapis protecteur durant l'automne. J'étais une sorte de bienfaiteur de mon petit coin de paradis.

Je pensais ainsi être à l'abri de tous soucis, vénéré que j'étais par mes amis du pays. Il se trouvait même parfois, d'étranges visiteurs qui venaient s'imprégner de ma puissance pour communiquer avec les forces telluriques. Ils m'accordaient des pouvoirs mystérieux, venaient chercher en moi le médium qui leur permettrait de communiquer avec les forces cosmiques. Ils m'amusaient, je les trouvais excentriques même s'il m'avait choisi surtout pour mon prénom.

Je n'ai jamais vu leurs rituels d'un mauvais œil. Ils étaient si respectueux, faisant en sorte de ne jamais me blesser ni même de profiter de moi. Pour eux, j'étais sacré : je ne sais si je puis oser cet adjectif au regard du sort qui désormais m'attend. Ils cherchaient en moi les raisons de mon incroyable longévité, essayant sans doute de découvrir mon secret pour en profiter à leur tour.

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Ils m'expliquèrent que ma famille fut longtemps en relation avec le Dieu celte Taranis. On louait les miens pour leur sagesse tout autant que leur puissance. Il se dit même qu'un roi de France prit conseil auprès d'un de mes ancêtres pour rendre la justice. Malgré cette généalogie glorieuse, nombre des miens eurent maille à partie avec la foudre. Pas le coup de foudre, ils avaient couvert eux aussi tant de relations intimes que curieusement, ils échappèrent de leur côté aux affres de la passion charnelle, mais ce coup sournois venu du ciel et qui par Jupiter vous brûle de l'intérieur.

C'est pourtant un autre feu sacré qui va me jeter à terre. Ma fin est proche, des hommes experts en la chose sont venus me sélectionner pour être du nombre des nouveaux élus. J'ai repoussé leur discours, j'ai refusé cette perspective qui ne me disait rien qui vaille. Ils insistèrent, me vantant les mérites qu'il y aurait à ainsi me rapprocher de ce Dieu tout puissant qui a besoin de victimes expiatoires pour retrouver son lustre et sa flèche.

Je suis, vous l'avez compris un chêne magnifique tout autant que vénérable sélectionné pour être sacrifié sur l'autel de la reconstruction de la flèche de Notre Dame. Voilà qui me fait une belle jambe, je suis un peu le gland dans cette affaire, moi qui n'ai rien demandé à personne.

Au village, on se désole, on se lamente à la perspective de me voir disparaître pour la seule satisfaction de ces maudits parisiens. Que ne puis-je mourir au pays, là où j'ai vécu depuis si longtemps et ainsi participer à la grande chaîne de la vie par ma lente décomposition ?

Non, il me faudra aller pérorer dans le ciel de la capitale pour un Dieu si peu clément avec la nature. Je vais être coupé, déporté, débité pour la gloire d'un monument qui eut pu tout aussi bien se reconstruire avec des matériaux composites. Nous les chênes avons toujours, dans les esprits proches de la nature représenté une valeur sacrée et divine enracinée au plus profond de notre mémoire collective.

Mon futur enracinement si haut dans le ciel de Paris n'a plus aucun sens. Je vais disparaître pour un Dieu qui me sonnera les cloches à toute volée. En voilà une dernière demeure que je ne souhaite à personne. J'étais si bien auprès de mon étang…

 

Déchaînement sien.

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