Les désagréments les plus biefs …

Fuites, défauts d’entretien et manque d’eau

Canal pathétique

 

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Quand, en 1908, nos chers bourgeois de barrique décidèrent de joindre leur cité au village de Combleux afin d’établir une jonction avec le canal d’Orléans, ils ignoraient alors que leur rêve fou allait faire couler beaucoup plus d’encre ou de salive que d’eau. Curieuse sera la destinée de cet ouvrage d’art, magnifique avec son somptueux mur digue se dressant tout contre la Loire, qui constitue à la fois un prodige, un défi, une folie et un extraordinaire lieu de promenade et retient si peu l’eau qu’il connut bien des aléas.

Inauguré en 1921, il avait déjà traversé, forcément à pieds secs une première guerre mondiale qui avait retardé cruellement son achèvement en envoyant s’activer ailleurs les terrassiers locaux. Pour combler le retard, et vider l'abcès, des prisonniers allemands furent mis à l’ouvrage. Une bonne idée si elle n’avait creusé plus encore les inimitiés franco-allemandes. Quand tout fut achevé, durant un peu plus de trente années, le bief permit à quelques péniches de gagner Combleux pour rejoindre le canal d’Orléans en activité depuis 1692. La station de pompage des eaux de la forêt à Fay-aux-Loges assurant alors la navigabilité d’une construction soumise fréquemment au chômage par manque de liquidité.

C’est un tout autre manque de liquidité qui en 1954 contraint l’État à fermer un grand nombre de canaux, la route et le chemin de fer ayant définitivement mis à terre le fret fluvial. Le bief d’Orléans devint un long serpent inutile qui trouva de quoi se consoler avec des activités nautiques : joutes, école de natation avec des champions de France dans ces deux activités, canotage et guinguettes. C’était encore une belle époque pour lui.

Puis la partie orléanaise de son trajet fut comblée du Cabinet vert à l’écluse afin de laisser place à une piscine qui s’accola au pont de Vierzon. Une belle idée que cette installation avec vue sur la Loire pour une fréquentation qui connut un réel succès. La piscine finit par vieillir, elle fut bouchée elle aussi, le béton gagnant la partie.

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Le reste du bief se désolait, seules les joutes continuèrent longtemps de lui permettre de remplir en partie sa mission. Le club déplaisait, un incendie jamais élucidé vint mettre un terme à son existence tandis que le canal retrouvait quant à lui grâce aux yeux d’un échevin fraîchement élu qui voulut redonner à la Loire la place qu’elle méritait dans l’Histoire locale.

Le canal fut recreusé, faire et défaire c’est toujours de l’ouvrage. Il se plaça cette fois dans une perspective architecturale dit de la trame verte, offrant un poumon aux orléanais sur la partie nord-est de la ville en bord de Loire. Si le vert était au rendez-vous, la précipitation, quelques erreurs de conception, une absence de contrôle de l’étanchéité de l’ouvrage vinrent assombrir la volonté de lui redonner vie.

L’obstruction d’un maire à Combleux, les difficultés techniques puis la crise économique empêchèrent le grand dessein de la réouverture complète du canal. Rapidement le bief d’Orléans devint la risée des contribuables et des moqueurs. La sécheresse eut souvent raison de lui, le changement climatique aggravant encore ce mal récurrent dont il avait toujours souffert. L’été le voyait se vider et les larmes des poissons et des promeneurs n’y pouvaient rien changer.

Pour faire illusion, un échevin de substitution sans doute parce qu’il était tenté par l’aventure En Marche installa des pompes lors des dernières éditons du Festival de Loire pour sauver les apparences le temps de la fête. Mais le fond du problème n’était absolument pas réglé. En dehors de cette solution transitoire et discutable du pompage dans la Loire, uniquement lors du Festival, le bief se vide avec une régularité désarmante, offrant un décor indigne de la volonté touristique de la cité.

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Mettant alors la charrue avant les bœufs, nos chers responsables voulurent redonner vie à ce long serpentin d’eau. Les joutes ont retrouvé leur port d’attache pour le plus grand bonheur de ses adeptes qui furent un temps contraints d’aller fort loin pour exercer leur passion. Le canotage a eut droit de cité à l'initiative d’un sympathique opérateur privé très entreprenant. Des deux côtés, la soupe à la grimace sera vite au programme puisque le bief reprend ses habits estivaux : boue, détritus, vase, plantes envahissantes et poissons morts, un spectacle détestable de nature à faire fuir le visiteur.

Que faut-il faire ? Il est plus aisé de critiquer que d’apporter de l’eau à ce moulin, je n’en disconviens pas. L’eau manque cruellement en Loire comme dans le canal. Une réflexion s’impose prenant en compte toutes les variables de ce problème aqueux avant de poursuivre plus avant dans ce qui relève hélas, pour l’instant de la farce. Cette contribution sarcastique n’a d’autre but que de jeter un pavé dans le bief tant qu’il y a encore de l’eau. A l'instigateur du renouveau du canal qui vient de retrouver son poste d’échevin qu’il avait confié à un autre d’apporter rapidement des réponses et de l’eau...

Liquidement leur.

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