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Billet de blog 15 juillet 2025

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L'armoire à linge.

Le rangement par le vide…

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L'été léger !

Illustration 1
© Carl Larsson

Loin d'accumuler inconséquemment des effets pour coller à la mode et aux injonctions commerciales, le temps a fait son œuvre et au fil des saisons et des rares achats, en provoquant un insupportable engorgement dans la vaste et ancestrale armoire à linge. Une journée trop chaude pour mettre le nez dehors pousse à y jeter un œil inquisiteur. L'heure du rangement par le vide a sonné…

À chaque pile correspond en théorie une catégorie et une saison. Il s'agit d'extirper l'amas de vêtements pour en vérifier la validité, la fraîcheur, la tenue. Il faut bien admettre que certains habits sont usés jusqu'à la corde. Les exclure n'est pas une mince affaire tant ils sont porteurs de souvenirs et d'une curieuse nostalgie qui s'accroche curieusement à ces effets qui furent témoins d'une longue période de l'existence.

Les mettre au rencard est une blessure. C'est d'une certaine façon tirer un trait sur un pan de vie et parfois un souvenir tout particulier qui est attaché indéfectiblement à une chemise, un pull, un simple objet qui se targue d'être bien plus qu'un élément fongible. Le sacrifice est grand et la plaie profonde quand la liquette au col usé jusqu'à la corde échoue lamentablement et inexorablement dans le sac des rebuts.

Chaque exclu réclame un peu de considération, un dernier regard et peut-être un sursis. Après une inspection purement technique, une vague d'images passées surgit, tenant lieu d'avocat de la défense pour lui redonner une seconde chance, un petit répit avant un recyclage ou un départ à la benne. Ce sont d'autres d'ailleurs, des bénévoles d’associations caritatives, qui seront chargés de rendre l'ultime verdict.

Même dans le sac des condamnés, les sacrifiés en appellent à un peu de mansuétude. Il n'est pas rare de piocher à nouveau dedans cette poche ventrue pour regarder avec tendresse cette vêture qui avait, jadis, votre préférence. C'est comme si des fibres émanaient des images, des parfums, des souvenirs, des amis ou des proches perdus de vue ou à jamais disparus.

C'est étrange de glisser ainsi tant d'émotions sur de simples étoffes qui sont désormais fripées, chiffonnées, rapiécées, trouées, déchirées. Rien n'empêche pourtant ce rappel incessant à des épisodes de votre vie commune. C'est sans doute bassement matériel, il faut bien s'en convaincre pour échapper à cette folle envie de tout conserver au risque de faire déborder la malheureuse armoire.

Néanmoins, il faut se résoudre à une rupture qui sera définitive. Nul retour possible, quand les sacs des surnuméraires seront partis, il sera trop tard ; la messe sera dite. Pour mettre un peu de miel sur la plaie, il convient de changer les piles de place, manière illusoire de dissimuler les nombreux prélèvements.

Ce n'est qu'un cautère sur une jambe de bois. Le mal est fait et le tri laisse des traces dans la mémoire. Durant quelques temps, les absents seront terriblement présents, se signalant par ce désir désormais impossible de s'en emparer pour une nouvelle relation fripière. Puis le temps fera son œuvre et de nouveaux effets subiront à leur tour la rude et inexorable usure du temps.

Remarquez que je n'évoque pas ces critères absurdes que fixe la mode, cet impératif à tout jeter après une vogue éphémère. Malgré ce refus de collaborer à cette folie consumériste l'accumulation avait fait son œuvre même si l'état des proscrits prouve qu'ils n'ont pas fait que se morfondre dans l'armoire à linge.

Bien pire sera plus tard pour mes héritiers ce même rangement par le vide. Les vêtements ont cette vertu de se faire les porteurs de mémoire. C'est sans doute pourquoi nous leur sommes parfois si attachés. Futilité, futilité, tout n'est que futilité et même parfois vanité...

Illustration 2
© Pieter De Hooch

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