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Billet de blog 15 nov. 2019

Retour de flamme

La langue de bois d'Amélie de Montchalin joue avec le feu

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Le bûcher de ses vanités

Madame de Montchalin a perdu une formidable occasion de se taire. Sous-secrétaire d’un état qui sous-estime tout ce qui ne vient pas de son grand homme, inénarrable Freluquet premier, la dame qui s’est fait connaître par sa capacité à sentir d’où le vent vient, en a sans doute profité pour souffler sur les braises encore chaudes d’un corps meurtri pour se signaler à notre attention et sortir de l’ombre.

La dame ne doit pas être une lumière pour tenir si haut le flambeau de l’indignité gouvernementale sous le feu des projecteurs et prétendre, toute honte évacuée, qu’une immolation n’est pas un geste politique. Il faut ne pas avoir de mémoire politique pour affirmer pareille sornette, les exemples dans l’histoire démentent la pauvre, l’impertinente odieuse.

Il n’en faudrait pas plus pour que Castaner lance la consigne de faire donner les canons à eau contre les camarades de ce malheureux désespéré qui, d’après nos chers responsables, aurait usé d’un moyen expéditif et douloureux, simplement par inadvertance ou méconnaissance de moyens moins douloureux de mettre fin à sa vie.

Puisque désormais l’inculte fait rage au sommet de l’état, il convient de proposer un petit rappel historique à cette dame qui ne brille certes pas par sa sagacité. Quand le 17 décembre 2011, un jeune Tunisien : Mohamed Bouazizi de la région de Sidi Bouzid, s'immola par le feu devant la préfecture parce que la police venait de lui confisquer tout son étalage de fruits et légumes, son geste mit le feu aux poudres en Tunisie. Son suicide public entraîna une vague de contestation sans précédent dans tout le pays qui provoqua le départ du président Ben Ali, au pouvoir depuis vingt-trois ans.

Dans le passé récent d’autres immolations sont restées dans les mémoires sauf naturellement celle de cette secrétaire d’état. En 1963, un bonze vietnamien s'immole à Saïgon pour protester contre les persécutions perpétuées contre les bouddhistes. En 1967 c’est un japonais qui devant la résidence du premier ministre met fin à sa vie pour protester contre les bombardements américains au Viêt Nam.

Qui a oublié, sauf naturellement la belle Amélie le sacrifice du polonais Ryszard Siwiec qui s’élevait ainsi contre l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’URSS. La secrétaire aux affaires européennes devrait pourtant se souvenir de cette photographie qui fit le tour du monde. Toujours en Europe, Jan Palach et deux autres étudiants s’immolent à Prague en 1969 et pour les mêmes raisons. Là encore, pour notre donzelle, ce n'était certainement pas des gestes politiques.

Faut-il encore un exemple récent à la brillante politicienne ? Le dimanche 15 avril, l’avocat américain David Buckel s’est immolé par le feu dans un parc de Brooklyn pour alerter sur la destruction de notre environnement. Ses derniers mots furent : « Pardon pour les dégâts. » Lui avait sans doute entendu Jacques Chirac déclarer : « Notre maison brûle ! » ce qui doit aussi échapper à cette belle cruche choisie comme tant d’autres, sur catalogue pour représenter dignement la République en Marche.

Quant aux tibétains qui s’immolent en série pour protester contre l’invasion de la Chine, ils doivent frémir à l’idée que leur geste puisse être considéré comme apolitique en France. Il y a de quoi bouillir quand en conscience une ministre, tient froidement de telles inepties. Loin de moi l’envie d’exploiter un drame d’abord individuel, mais que diable, faut-il en plus cracher sur son geste en lui déniant ce qu’il a été de tout temps dans l’histoire du monde ? Seule une représentante française de cette fameuse république exemplaire est capable d’une telle ignominie. Couvrons-lui la tête de cendres et demandons-lui de démissionner. Il n’est rien d’autre à faire.

Quant au tweet d'Aurore Bergé, elle aussi remarquable députée LREM : "Là où l'on brûle des livres, on finit par brûler des hommes", tout en prenant le réel à rebrousse poil, il apparaît clairement qu’elle est de mèche avec sa collègue pour porter toujours plus haut l’esprit des lumières.

Pyromanement sien.

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