Faux mages ou désert ?
Agrandissement : Illustration 1
En dépit d'un serment qui ne leurre que les naïfs, nos amis les médecins ont fermement l'intention de ne pas se crotter les escarpins. Après tout, après toutes ces années d'étude à manger de la vache enragée, pourquoi diantre iraient-ils courir la campagne pour s'occuper des culs terreux et autres ploucs vivant dans nos campagnes ?
Ces gens sont des urbains dans l'âme, amoureux des grandes cités et des bords de mer. Ils n'aiment rien tant que prendre le pouls de clients aisés, si possible en bonne santé qui ne risquent pas de leur causer du tracas. Le confort après de longues études gratuites payées indifféremment par les gens des métropoles comme par ceux de nos territoires.
Ils s'indigneraient qu'on puisse les contraindre lors de leur installation à venir répondre au défi des déserts médicaux. Ceci n'est pas de leur ressort, ne les concerne absolument pas. Ouvrir un cabinet certes mais là où ils le décident et non pas là où c'est nécessaire. Curieuse conception du bien public, de la solidarité ou de la mission sanitaire.
N'allez pas leur imposer cette nécessité, ils se mettront en grève, crieront au scandale et à la privation de leur liberté d'installation. Il est vrai que point n'est besoin de trop en faire, ils sont si nombreux à être parlementaires que cette mafia en blouse blanche réglera bien vite le problème au mépris de la santé des citoyens de seconde zone.
Imaginons un peu si les gendarmes, les enseignants, les fonctionnaires, les policiers et bien d'autres encore se permettaient de refuser leurs nominations dans des départements reculés, des zones de campagne, des endroits loin de la mer. Ce serait un fort joli bazar qui provoquerait indignation et scandale.
Mais pour eux, rien de plus normal. Ils sont là pour faire du fric et pas pour remplir une mission sanitaire de service public. Ils s'accordent des privilèges tout en se lavant les mains devant la situation alarmante de bien des régions. Ils se pensent tous mandarins et ne savent plus ce qu'était jadis les toubibs de famille.
Il est clair qu'il n'est rien à attendre de cette corporation qui a clairement franchi une limite insupportable. Leur réaction devant une proposition certes totalement irréaliste de deux jours par mois chez les bouseux démontre à l'évidence leur mépris des ruraux. Qu'ils crèvent donc en silence tous ces ploucs qui vivent dans des territoires sans toutes les commodités des grandes cités.
La blouse doit rester blanche tandis que nous fermerons les yeux sur le sang qui couvre des mains qui laissent crever des patients à l'écart des grands centres urbains ou balnéaires. L'envie de leur cracher à la figure me prend quand on constate qu'ils réagissent ainsi, monstres d'égoïsme et de vénalité.
Je me souviens alors avec une immense reconnaissance de mon vieux médecin de famille qui se précipitait à mon chevet, moi le gamin qui ne faisait jamais une maladie ordinaire. J'étais dans une de ces petites communes qui aujourd'hui sont contraintes d'aller quérir des soignants à l'étranger, sans du reste que personne ne s'offusque que nous privions ainsi de leurs médecins les habitants de ces pays qui leur ont payé leurs études.
La politique et la médecine sont devenues vraiment des cloaques de l’égoïsme. La loi du plus fort et rien d'autre régit des gens qui n'ont plus rien d'humains. L'argent leur ôte toute humanité et un médecin privé de cette qualité, n'est rien d'autre qu'un faiseur de consultation au lance-pierre, un spécialiste du dépassement d'honoraire, un individu qui refuse de s'installer là où c'est indispensable, une belle mauvaise personne en somme !