Orléans – Nevers – Orléans
Le voyage de l'Insolite
Au petit matin, le soleil se lève entre la première arche du pont. C'est magnifique, hélas notre photographe dort du sommeil du juste. Je ne trouve pas son appareil qu'il a soigneusement dissimulé. Tant pis pour vous … Je me régale de ce spectacle puis laisse mes deux dormeurs à leurs rêves pour m'en aller boire un café, ce petit plaisir si simple que nous n'avions pas goûté depuis deux matins !
À mon retour, mes camardes sont flanqués de Robert, la mémoire du fleuve de Gien. Ce vieux loup de Loire est présent chaque matin sur le quai pour veiller à son armada. Il y a toujours à faire avec nos bateaux de bois. Les mauvaises surprises viennent de la rivière comme des hommes. Il n'y a pas si longtemps, des moteurs se sont volatilisés dans la nuit. À Gien, comme partout ailleurs, leurs fameuses vidéo-surveillances sont impuissantes à démasquer les mystères de nos nuits ligériennes ....
Robert embarque l'ami Bibi à bord de sa fourgonnette pour aller observer le barrage de la centrale nucléaire de Dampierre en Burly. EDF s'est arrogé le droit de couper le fleuve, de détourner son cours pour alimenter ses immenses tours de refroidissement. Poissons et bateaux n'ont que leurs yeux pour pleurer leur liberté d'aller et venir. Ici, on ne passe que par-dessus le barrage, quand il y a vraiment beaucoup d'eau !
Depuis le départ, nous scrutions les côtes de la Loire. L'espoir était mince comme un filet d'eau radioactive de pouvoir franchir ce monstre de béton. Nous attendons longtemps le retour de nos deux amis. Robert a la conduite prudente du sage qui prend le temps d'admirer le paysage à tel point qu'un tracteur les a doublés. Mais n'évoquons pas cette péripétie, il en prendrait ombrage !
À leur retour, le verdict est terrible : « Ça ne passe pas ! ». La fée électricité a encore joué les vilaines sorcières de Loire. Nous sommes bloqués ici. L'aventure se termine. « L'Insolite » ne forcera pas la barricade de béton. Il lui faudra attendre des jours meilleurs et des eaux plus hautes. Nous sommes vraiment déçus, frustrés de ce contre-temps fâcheux.
Il nous reste qu'à mettre notre bateau à l'abri des visiteurs, des passants qui, sur tous les quais de France, pensent pouvoir s'arroger le droit de monter sur les rafiots. Curieuse manière qui est même souvent encouragée par des parents bienveillants qui s'indignent quand l'un de nous remet les passagers clandestins à leur place. Jamais ils ne supporteraient que des inconnus rentrent dans leur belle auto, mais un bateau, c'est pas pareil.
Nous voulons tout autant éviter le chat noir, ce mystérieux signe indien qui met au fond de l'eau nos bateaux quand nous avons le dos tourné. Pendant notre aventure, nous avons été prévenus que, sur le quai d'Orléans, l'une de nos toues avait sombré. L'habitude est ainsi prise qu'à chaque dos tourné, un naufrage se fait. Il n'est pas question que « L'Insolite » subisse ce vilain sortilège.
Il nous faut tout autant vider la cabane, sortir les cartons de vin et trouver véhicule pour nous rapatrier. Celui-ci devra avoir un coffre sur-dimensionné, nous avons eu les yeux plus grand que le ventre ! Nous avons beaucoup à faire. Nous terminons juste autour de midi ce travail auquel il faut accorder énormément de minutie. L'ancrage d'un bateau est chose sérieuse, la plus petite erreur peut prendre des proportions catastrophiques ...
Pour celui-là, nous mettons à l'eau une ancre historique, un bel ouvrage du temps ancien, celui de la marine de Loire d’alors. Elle a été trouvée sous le pont de Châtillon-sur-Loire, elle date de l'époque glorieuse des traversées de fleuve entre les écluses de Mantelot et Briare. Avec ses quatre-vingt kilogrammes, elle en impose et nous rassure sur le destin de notre toue. Nous pouvons partir sereins, nous reviendrons quand les flots seront à la hauteur de nos espérances.
L'aventure n'est pas terminée, elle est en suspens. Nous vous invitons à prendre patience avant que de nous retrouver pour la dernière ligne droite de cette épopée navale. À bientôt sur la rivière, notre belle dame brume, la fille Liger !
Empêchement notre.
Nous remercions chaleureusement le restaurant Le Régency d'avoir accepté par deux fois des clients à l'allure incertaine et aux odeurs plus que douteuses Comme la cuisine y est excellente, nous ne pouvons que nous en réjouir.
À BIENTÔT ...