C’est Nabum (avatar)

C’est Nabum

Bonimenteur de Loire et d'ailleurs

Abonné·e de Mediapart

5157 Billets

2 Éditions

Billet de blog 17 janvier 2026

C’est Nabum (avatar)

C’est Nabum

Bonimenteur de Loire et d'ailleurs

Abonné·e de Mediapart

Du saltimbanque aux ci-devant.

C’est Nabum (avatar)

C’est Nabum

Bonimenteur de Loire et d'ailleurs

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le pied et le nez.

Illustration 1
© Laughing Jester

Si les uns sont quelque peu taquins, les autres prennent vite la mouche et ne supportent guère le plus petit trait d'ironie à leur égard. La langue s'est amusée à les opposer à travers une expression qui a évolué au fil du temps, montrant ainsi une certaine souplesse dans l'art de se gausser tandis qu'en face, la rigidité des autres permit au peuple de les moquer au pied de la lettre.

On peut se douter que les premiers avaient les seconds dans le nez, qu'ils se couvrent d'un masque ne changeait en rien l'irritation que leur provoquait la morgue de ceux sans qui pourtant, ils seraient restés sans le sou. Qui se sent morveux se mouche prétend l'adage et c'est en voyant les contorsionnistes sur les planches, mettre leur pied sous leur nez, que les jaloux prétendirent que les artistes se mouchaient du pied.

La négative leur revint à la figure d'une saillie ou d'une réplique et malheur à qui l'on disait qu'il ne se mouchait pas du pied. Si la réalité morphologique n'était en rien bafouée par la remarque, elle portait en elle la mèche qui comme une traînée de poudre, met bien vite le feu dans cette histoire. C'est donc avec une ironie certaine que les troubadours et les trouvères pointaient du doigt l'immense prétention des ci-devant.

La réplique se montra pertinente puisque ceux qui la recevaient se pinçaient le nez, pratique peu efficace lorsqu'on ne veut pas entendre. Par la suite, le pied laissa la place au nez pour tous ceux qui manquaient de souplesse pour se contenter de pointer hautains et farauds d'un « Ils ne se mouchent pas du nez ! » qui allait droit au but.

La formule suffisait du reste pour que la moutarde atteigne ce pic qui se prend parfois pour un cap ou une péninsule surtout que les victimes de la réplique étaient de nature à ne pas voir plus loin que le bout de leur appendice nasal. Se mettre excipient dans le tarin suppose du reste qu'on y mette les doigts. La belle affaire pour qui ne devait pas se déshonorer dans les activités manuelles.

Dans la belle société, on aime à rester qu'entre gens de bonne compagnie. Tout ce qui venait du peuple leur montait à ce nez qu'il ne mettait jamais dehors. C'est ainsi qu'ils ne risquaient pas de se piquer le nez dans une taverne mal fréquentée et que seuls les salons permettaient de mettre le nez dans le verre à pied. C'est seulement ainsi qu'ils pouvaient enfin se moucher du pied en poussant le bouchon jusque-là.

Eut-il fallu qu'ils aient du nez pour sentir venir le vent de la Révolution. Tout juste prirent-ils alors les premières manifestations pour de simples révoltes qu'ils estimèrent sans importance à vue de nez. C'est ainsi qu'à force d'avoir toujours le nez en l'air on finit parfois par se retrouver la tête dans un panier d'osier.

Ceci n'est peut-être pas qu'une histoire ancienne. La population, à force de voir les fruits de la prospérité de la nation lui passer sous le nez, pourrait fort bien avoir dans le pif toute cette classe politique qui elle aussi ne se mouche ni du nez ni du pied. Un nouvel éternuement d'importance de ce peuple si méprisé par les élites pourrait fort bien faire moucher du sang à tous ceux qui sans honte, jouissent d'immenses privilèges sur le dos du contribuable.

Un soulèvement leur pend au nez même s’ils préfèrent tous se le tordre quand ils examinent les sondages actuels. Leur comportement à la chambre nous confirme leur incapacité à ne pas sentir le vent tourner surtout qu'ils sont nombreux, comme notre député des plateaux télé, à ne plus mettre le nez dehors pour aller à la rencontre du pays réel. Plus haut dans la hiérarchie politique jusqu'au sommet de l'État, ce qu'ils se mettent dans le nez, ne doit sûrement pas aiguiser leur lucidité. La suite risque de leur retomber sous le nez.

Ils vont une fois encore prétendre que je mets mon nez dans des affaires qui ne me regardent pas. Pourtant, c'est bien là ma manière de leur rire au nez tout en leur octroyant un joli pied de nez.

Illustration 2
© Henri Eisenberrg

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.