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Billet de blog 17 mars 2014

Semaine de la langue française et de la francophonie

 10 mots à la folie du moment ...Venu d'Afrique, ce néologisme est le paradigme des nouveaux termes. Prenez un nom commun simple, adjoignez-lui une terminaison élémentaire et vous en ferez un verbe du premier groupe, de ceux qui ont la délicatesse de ne pas se montrer irréguliers.

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 10 mots à la folie du moment ...

Venu d'Afrique, ce néologisme est le paradigme des nouveaux termes. Prenez un nom commun simple, adjoignez-lui une terminaison élémentaire et vous en ferez un verbe du premier groupe, de ceux qui ont la délicatesse de ne pas se montrer irréguliers. C'est ainsi qu'ambiancer s'est imposé aux fêtards et aux noctambules, aux joyeux drilles et aux couche-tard. L'ambiance est au cœur de leurs préoccupations. Vous eussiez pu lui préférer « Divertir » ou «  Détendre » mais ces diables de verbes sont trop complexes pour des soirées où se prendre la tête est particulièrement déconseillé.

Charivari aurait pu faire l'affaire. Il aurait été formidable, déguisé en verbe. Charivarier ou bien encore Charivarir. Mais c'eût été reconnaître le bruit de ces fêtes, le mal de tête qui s'ensuit. Faire grand charivari serait pourtant bien nécessaire pour changer ce Monde loin des flonflons d'une fête illusoire qui ne visent, me semble-t-il, qu'à enfermer les gens dans l'inqualifiable piège de cette pauvre consommation si cacophonique. 

Car il faut être timbré pour accepter ainsi de n'être qu'un consommateur absurde. Curieusement, ce troisième mot apparaît dans cette semaine, alors qu'au sens propre, il a disparu de la circulation épistolaire. La poste a perdu la flamme ; le mail et tous ses avatars ont pris le relais, libérés du fil à la patte et du facteur. La folie caracole en tête, les échanges se multiplient, devenant si faciles, qu'il s'y dit n'importe quoi dans une langue aussi réduite que la pensée qui l'accompagne.

Alors on ne cesse de transmettre fariboles et coquecigrues Le futile ayant pris le pas sur l'essentiel, la baliverne se contentant d'éclairer nos lanternes et la babiole étant notre seule monnaie d'échange. Nous sombrons dans la vacuité, nageons dans l'insignifiance et je m'attache à ne pas déroger à la règle commune. Qu'importe, puisque la prochaine vague effacera le propos du jour !

Notre pauvre Tohu-Bohu de l'heure rentrera dans les oubliettes de l'informe et du vide. Le Brouhaha se fait tintamarre sous la baguette des ambianceurs incertains. Nous naviguons sur un océan de platitudes qui n'ont d'autre fonction que de créer le désordre, de disperser la réflexion et de rendre nos cerveaux disponibles aux marchands de soupe et autres produits mercantiles. C'est un bruit de fond sans fond, une vague si vague que nous y perdons notre âme …

C'est le règne de l'Hurluberlu. Il a détrôné le pauvre père Ubu. Rabelais en avait fait un saint, d'une fantaisie ébouriffante à vous donner la berlue. À notre époque, pour complaire aux publicitaires, il sera écervelé, loufoque et foutraque. Il rira sur des bandes enregistrées de tout et surtout de n'importe quoi. Il se tapera fort sur le ventre sans jamais se poser les questions essentielles. Il est le prince des soirées, le roi de la fête et son extravagance en fait le bouffon idéal :celui qui n'a d'autre projet que la bonne grosse rigolade.

Notre comique de service vend du vent. Il va à hue et à dia, se fiche d'avoir une ligne directrice. Il erre à tire-larigot, se rappelant alors que ce fut autrefois une petite flûte et aussi un jeu d'orgue. Il lève son verre, il chante en chœur avec ses amis une petite rengaine qui se fait pauvre fredaine. Il finit par vous courir sur « l'harigot » ...

Toute cette pensée avance en zigzag, fait des épingles à cheveu sans qu'il soit besoin de s'arracher lesdits cheveux. On ne pense pas, monsieur, on ne pense pas : on s'agite en tous sens, simplement. Voilà des lacets qui ne vous attachent pas, des détours qui ne portent pas à conséquence. C'est l'art de l'esquive, de la volte-face ou du revirement. L'essentiel étant de s'agiter sans avoir la moindre idée de sa destination.

Le pire est pourtant à venir. Enlivrer sort du chapeau et se permet même la forme pronominale. Ce néologisme affreux vient honorer le livre et la passion qui l'accompagne comme si les vrais lecteurs avaient besoin de se charger d'un tel boulet. C'est vilain et ça sent l'assuétude, comme si le fait de lire était pour les créateurs de ce mot, une perte de temps absurde. Tous les autres mots s'inscrivent dans la dispersion de la pensée, celui-ci vient lui donner le coup de grâce

Ouf, nous en avons terminé avec ces termes creux et si modernes. Belle semaine de la langue française qui semble vouloir lui porter un coup fatal en sortant de beaux termes désuets, de belles expressions imagées pour les assembler dans un parc d'attraction. C'est à pleurer de rage, nous n'avons plus ce respect des mots qui portent haut et loin l'intelligence et la pensée. Il ne s'agit que d'assurer l'ambiance, de peupler le vide tout en jouant les conservateurs du rare et de l'obsolète. Je n'aime pas l'esprit de cette sélection : cette juxtaposition porteuse de dénigrement et de dérision !

Lexiquement leur.

http://www.dismoidixmots.culture.fr/?cat=132

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