France, ta gastronomie populaire part en quenouille !
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Quelque part en France, pays qui se fait une fierté de sa gastronomie, classée au patrimoine universel, sans pourtant lui vouer la dévotion qu'elle mérite, il se trouve désormais plus de gargotes que de tables de qualité… Juste en face d'un monument historique, une fort belle demeure avec terrasses ensoleillées, esplanade magnifique, accueille le chaland tout comme le touriste de passage. Le cadre est magnifique, la maison pleine de charme, tous les ingrédients pour se laisser prendre à ce qui devrait être une belle invite.
Vous n'êtes d'ailleurs pas les premiers. Il est même difficile de trouver table disponible sur l'une des deux terrasses. Le cadre fait recette, la table en fera-t-elle autant ? La douce fin de soirée après une journée torride a poussé les gens à sortir pour profiter de ce bel été. Un bon repas permettra de passer un délicieux moment avec des amis, autour de plats simples mais de saison …
C'est la lecture de la carte ou plus exactement de ce set de table imprimé sans imagination au contenu d'une insigne banalité qui sème le trouble dans les rangs. Il n'y a rien qui fleure bon la cuisine locale et encore moins celle de l'été. C'est un programme maintes fois répété digne des brasseries des centres urbains, des « nourrissoires » de l'agro-alimentaire expéditif.
Rien ne symbolise le terroir dans lequel vous êtes de passage. Les mêmes salades sans imagination et des viandes qui ne demandent aucun effort de préparation. La vraie cuisine n'est qu'un rêve en dépit d'une affirmation plus qu'évasive : « Nous ne proposons que du fait-maison ! ». Comment peuvent-ils confondre Préparer et Assembler ?
Le service quant à lui est manifestement le fait de jeunes gens charmants et dévoués qui n'ont jamais appris les principes d'un métier qui ne sera sans doute jamais le leur. Il n'est pas question de leur en vouloir, encore heureux que l'on trouve encore du personnel. C'est pourtant un peu la confusion générale pour le service avec des plats qui peinent à trouver leurs destinataires et le danger est grand quand le serveur laisse tomber une bouteille sur la table.
Mais revenons à cette assiette qui pourrait tout aussi bien vous être proposée au cœur de la morte saison. Rien ne vient célébrer les beaux jours, proposer des touches de fraîcheur, des notes estivales, des parfums délicats. La bidoche, la charcutaille et les incontournables frites qui doivent être devenues les seuls légumes survivants à la grande uniformisation des goûts.
Encore faut-il se serrer la ceinture tant leur portion est congrue dans ce petit ustensile qui singe la friteuse, manière de ne pas en mettre trop pour limiter les coûts. L'heure est à la cuisine homéopathique sans imagination. Est-ce du reste encore de la cuisine ou un simple assemblage avec tout juste un peu de cuisson et de mise en forme. Il serait du reste plus question de méforme pour des salades aux sauces industrielles.
Quand je pense à mes amis les véritables restaurateurs qui n'ont pas la chance de recevoir tant de convives. Faire le choix du médiocre, du tout-venant, de l'insipide semble être devenu la clef du succès pour peu que le cadre satisfasse une clientèle qui n'aspire plus à jouir des bons produits. Tout cela est de nature à vous rester sur l'estomac.
Fort heureusement la note n'est pas salée à l'exception du vin qui ne sait plus se montrer raisonnable. Le nourrissage ne demande guère d'imagination ni de savoir-faire. C'est devenu un principe de fonctionnement dans nombre d’établissements, j'ose à peine écrire Restaurant et j'aimerais mieux les qualifier de Cantine.
Il n'est pas nécessaire de rédiger une note assassine sur leur site. Ils remplissent au mieux la mission qu'ils se sont dévolus. Remplir les panses et vider raisonnablement les bourses. N'allons tout de même pas attendre saveur, subtilité, imagination, découverte, fraîcheur, délicatesse. L'heure est à uniformisation et l'insipide ; manifestement pour la plus grande satisfaction du plus grand nombre. France, ta gastronomie est désormais réservée à une élite, pour les autres, la grosse bouffe est de rigueur, et ce qui est plus grave encore, pour leur plus grande satisfaction.