Faire le plein de sens.

L’état carbure au super.

Ne me taxez pas de jaunisme ....

 

j1-1

 

Il était une fois un pays en mouvement. Tout avait commencé de la plus simple des façons. Celui qui voulait aller plus loin prenait les jambes à son cou, se chaussait de sabots et taillait sa route tant bien que mal. Les chausses ont évolué, le chemin fut balisé pour des marcheurs qui étaient chemineux, pèlerins, vagabonds, trimards ou colporteurs. La recherche d’un travail ou d’un ailleurs un peu meilleur était ce qui les poussait à se mettre ainsi en marche, sachant que ce n’était jamais de l’autre côté de la rue qu’on trouve ce qu’on espère.

j2

D’autres empruntèrent les rivières. Le commerce allait naître de cette voie fluviale qui vit l’apparition des confréries de marchands. C’était une époque, lointaine au demeurant, où le pouvoir nous menait déjà en bateau : la taxation du mouvement débuta avec Jules César. Droits, taxes, péages se multiplièrent pour tirer profit de la nécessité de se mouvoir. Le pli était pris, il allait inspirer bien des canailles …

j3

La route aplanit les distances avec les relais de poste. Il suffisait de changer de monture et le voyageur pouvait brûler les étapes. C’était certes un luxe que beaucoup ne pouvaient se payer. Les pieds demeuraient sans nul doute le moyen le plus économique de se mouvoir en des époques pour lesquelles le temps n’était pas vraiment compté. Les romains avaient repris les voies gauloises, les pavant en prévision sans doute d’éventuelles barricades. L’asphalte supplanta tardivement le pavé, il fallait ôter cette piètre idée de la caboche des mauvaises têtes.

j4

Une formidable innovation rapprocha les hommes ou bien raccourcit les distances. Le cheval fut désarçonné par une machine à vapeur. Le progrès se mettait sur les rails condamnant par là même le transport fluvial. Des lignes fleurirent partout, pour lesquelles du reste on fit des travaux gigantesques. Les tramways suivirent le chemin, pas ceux de notre époque, mais d’autres qui un jour eurent le malheur de gêner la voiture. Alors ils disparurent comme les petites lignes de chemin de fer. L’automobile avait le vent en poupe.

j5

Il fallut des routes, des autoroutes, des infrastructures, des parkings et des stations d’essence pour que l’immense toile d’araignée de la bagnole prenne le pays tout entier dans ses filets. Le grand embouteillage était à l’ordre du jour, tandis qu’une morbide sélection routière, donnait son lot de victimes chaque année. Le progrès avait quelques désavantages mais c’était le prix à payer pour que vive l'industrie automobile.

j6

Pour remplir les caisses d’un état toujours plus avide, la vignette ouvrit le bal. On se dit que la belle auto allait être la vache à lait et les canailles firent leur beurre avec elle. Péages, taxes pétrolières, amendes, contrôles techniques, équipements obligatoires, toute la panoplie des possibles se mit en branle, sans équité financière du reste car la progressivité n’était pas à l’ordre du jour. Les pauvres payant la même chose que le riches.

j8

Les lignes de chemin de fer qui restèrent, furent quant à elles dévolues aux grandes villes et à la vitesse. Les prix s’envolèrent tellement que l’avion devint souvent, et par un curieux esprit environnemental, moins cher que le train. Puis on joua à la loterie avec les tarifs SNCF, offrant des avantages incroyables à ceux qui pouvaient anticiper leur trajet tout en partant des grandes métropoles. Il ne fait jamais bon être un rural dans une nation gouvernée par des urbains fort peu urbains.

j9

L’essence devint inabordable pour les oubliés des campagnes. Les gares étant fermées, ils n’avaient pas d’autres choix que de cracher au bassinet, de se faire dépouiller par un état toujours plus vorace. Pour les calmer un peu, le pouvoir réduisit leur vitesse, l’effet fut contraire, la grogne se fit colère, la colère devint révolte tandis que Freluquet et les siens restaient immanquablement sous l’empire d’essence !

j10

Le blocage s’annonçait. Pas seulement l’espace d’une journée mais bien plus cruellement encore en plaçant les travailleurs dans l’impossibilité de remplir bientôt leur réservoir faute d’argent. Aller au travail coûtant plus cher que cela ne rapportait. Plus d’alternative à la maudite bagnole, les gares étaient désaffectées et les citoyens très affectés. Pour les calmer, le pouvoir les berça de la terrible illusion que les engins électriques remplaceraient très bientôt ce maudit pétrole. La belle affaire que voilà, la voiture devenant nucléaire tout comme les trottinettes et autres gadgets qui servent de miroir aux alouettes.

j12

Pour le moment et pour attirer les gogos, primes et avantages font miroiter le grand renouveau de l’auto. Les bornes électriques ne sont même pas payantes,avantage considérable qui est bien financée pourtant par les cochons de contribuables que nous sommes. Les centrales nucléaires vont se refaire une jeunesse sans doute et tout le parc ne suffira pas à supporter les nouveaux besoins. Pendant ce temps, d’autres solutions sont soigneusement mises sous le boisseau, en France, hors de la centralisation des sources d’énergie, pas de salut.

j13

 

Que se passera-t-il avec ce curieux pouvoir qui se prétend en marche pour mieux nous rouler ? Mettre à pieds les pauvres, les vieux, les ruraux, les travailleurs ne leur accordera pas plus de sympathisants, le calcul est maladroit. Mais l’essentiel est ailleurs, creuser encore plus les inégalités constitue sa feuille de route. Jamais les riches ne se sont tant enrichis. Les salauds de pauvres méritent sans doute leur cruel châtiment, ils n’avaient qu’à faire fortune aussi, en traversant une rue privée de sens et d’essence.

Mobilement vôtre.

j14

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.