À nouveau, le caducée dans l’eau

Vivre dans un désert médical.

J’en suis malade !

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L’inénarrable feuilleton des déserts médicaux reprend pour votre humble assuré social en mal de médecin traitant. Après avoir essuyé rebuffades et refus y compris de la part de maisons médicales, créées il faut bien le reconnaître avec l’argent de nos impôts, je m’étais rabattu sur une curieuse adresse qui circulait sous le manteau. Là, j’y découvrais un spectacle qui me laissa songeur, interrogatif et avouons-le, parfaitement dubitatif.

Une salle d’attente bondée au delà de sa capacité d’accueil, des patients formidablement bien nommés par ce vocable, attendant debout dans le couloir et ce qui servait autrefois de cuisine, tandis que d’autres, devisaient tranquillement dans la cage d’escalier. La chose aurait dû me mettre la puce à l’oreille même si la perspective d’une intervention chirurgicale légère me contraignait à trouver accord avec ce praticien afin de ne pas bénéficier de la surtaxe imposée accordée aux méchants malades ne disposant pas d’un praticien référent.. Nos chers parlementaires établissent des règles en apesanteur, dégagées totalement des servitudes du quotidien et de l’incontournable principe de réalité.

Je faisais donc affaire avec cet homme très pressé qui me reçut par deux fois pour finaliser les besoins de l’opération. Lors de ma deuxième visite, l’effet de sidération passée, je pus observer attentivement l’incroyable clientèle de l’endroit. Il y avait une véritable diaspora de toutes les origines, de tous les âges, de toutes les confessions. C’était à croire que ceux qui ne pouvaient se faire soigner ailleurs, venaient trouver refuge, dans cette antenne délocalisée de médecin sans frontière.

La seconde visite fut aussi courte que la première. Ce monsieur, sans même remplir un dossier médical consentit à me prendre dans sa clientèle, choix validé par un papier dûment rempli par la sécurité sociale. Si lors de la première visite, j’ai dû régler ma consultation en liquide, seule modalité acceptée par ce docteur empressé, il me fit cadeau de la seconde consultation puisqu’elle n’était que de pure forme administrative.

Quelle ne fut pas ma surprise de recevoir quelque temps plus tard un avis de ma mutuelle. Le médecin ayant sans doute trouvé un procédé pour obtenir la part de la sécurité sociale … Je n’en dis rien sur le moment me jurant de ne pas retourner en ce lieu si interlope. Je fis part autour de moi de cette expérience qui m’avait laissé un goût amer et me mettait de fait, une nouvelle fois, en dehors de cette stupide obligation de médecin traitant.

Certains doutèrent de mon récit, d’autres m’éclairèrent sur les intentions d’un homme qui avait bénéficié des aides à l’installation dans un quartier sensible, pour amasser un petit matelas en profitant d’exonérations diverses et variées afin de préparer une retraite méritée. D’autres font le choix de dépassements exorbitants, on ne peut, en toute logique, lui reprocher d’agir ainsi en demandant l’honoraire conventionné.

Puis l’homme eut les honneurs de la presse. Il venait d’être mis en garde à vue parce qu’il parvenait à recevoir 120 malades par jour. Le livre des records s’intéressait grandement à son cas, tout comme la justice qui trouvait là matière à émettre de sérieux doutes sur la qualité des examens et le sérieux de la pratique. Laissons la justice suivre son cours, en la matière l’incubation est longue, les examens innombrables et la posologie incertaine.

Une fois encore, je me retrouve le bec dans l’eau. Je ne suis qu’un citoyen de seconde zone devant, en dépit des contradictions officielles, me faire soigner dans les services d’urgence qui ne sont pas destinés à cette fonction. Comment faire ? Je vis dans une Métropole qui a l’ambition de rentrer dans les quinze plus grandes de ce pays. Louable objectif de la part d’élus qui se soucient d’avantage de faire briller l’image de leur cité à l’étranger que d’assurer la santé de ces couillons de contribuables locaux.

Notre bon échevin voyage à grands frais et je ne peux me soigner dans sa ville. Mon cher ami le député rebelle m’avait promis de m’accompagner dans la maison médicale afin de constater le refus d’inscription, j’attends toujours qu’il se libère des plateaux télé qui ne cessent de l’accaparer. J’en suis malade et hélas, il n’y pas de médecin pour me recevoir. Je risque d’en faire une jaunisse, un mal très à la mode en Orléans.

Médicalement leur.

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