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Billet de blog 20 janvier 2026

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L'adjectif volage.

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Les affres de l'écrivaillon.

Illustration 1

Écrire n'est pas une mince affaire. On y perd ses mots plus souvent qu'ils ne surgissent à l'improviste d'un coup de stylet magique. Bien sûr, il est toujours possible de prendre un mot pour un autre, sans être trop regardant, mais là n'est jamais l'ambition de celui qui s'attache à trouver le mot juste, celui qui colle parfaitement au propos, qui le résume si précisément qu'aucun autre ne peut lui être substitué.

Il advint cette nuit-là, entre deux songes, que mon esprit fut soudain alerté par la survenue au débotté d'un adjectif qui jusqu'alors n'avait pas même effleuré mon esprit. Un conte avait vu le jour, la veille et c'est au mitan de la nuit, qu'il se signala à moi, simplement pour remplacer un adjectif trop imprécis par celui qui seyait parfaitement à la gentille bergère du récit.

Je l'avais sottement qualifiée de rêveuse, terme qui ne devait en rien lui convenir puisqu'elle vint perturber mon sommeil pour en revendiquer un autre qui lui irait comme un gant. Ce que bergère veut, elle l'obtient aisément au risque de ne plus vous laisser dormir quand vous comptez ses moutons. J'obtempérai à sa requête d'autant plus complaisamment que sa proposition était en tout point idoine.

Je lui promis de le ranger dans la gibecière de ma mémoire pour qu'au réveil, je corrige immédiatement cette imprécision qui l'avait offensée. Je fis en sorte de me répéter cet adjectif si parfait tant et tant de fois que je m'endormis en le ressassant en bouche. Au petit matin, il avait fait la belle et ne manquerait pas d'encolérer ma bergère fictive.

Dès ce constat, j'en perdis la tête. Je l'avais sur le bout de la langue même s'il se refusait à me revenir. J'en devenais fou, passant deux jours à me lancer à sa recherche en usant de procédés qui ne sont guère honorables. Après avoir parcouru un dictionnaire orthographique qui se prive de définition et aligne simplement les mots correctement écrits, je demeurai orphelin de celui qui allait changer le cours de mon récit.

En désespoir de cause, je fis appel à mon ordinateur et à cette toile miraculeuse qui sait si bien venir en aide aux écrivaillons dans le besoin. Un site pour dérouler des synonymes se mit en branle pour trouver cette perle qui ne brillait plus dans ma mémoire. Partant du « Rêveuse » initiale, j'effectuai des s avec tous ses synonymes, vainement je vous l'avoue. Celui qui s'était révélé à moi au cours de la nuit, existait-il vraiment dans le lexique éveillé ? J'avais un doute.

Je poussai les investigations plus loin encore en réclamant la liste exhaustive des adjectifs qualifiant un individu (la formule n'est guère poétique je l'avoue humblement). Deux sites se proposaient de dresser une liste assez complète de ces termes qui permettent de qualifier une personne ordinaire. Mais ma bergère était en tout point extraordinaire, j'échouais lamentablement.

Il me fallut me résoudre à me satisfaire d'une approximation car deux jours passés à tourner en boucle pour un seul mot, ne faisait guère avancer ma production quotidienne. J'en touchais même deux mots à mon cardiologue qui avait remarqué que je manifestais tous les symptômes de la peine de cœur. Il me rassura, si l'adjectif vous a été révélé durant votre sommeil, il reviendra à coup sûr sans y prendre garde ! (À ce propos, on ne souligne jamais assez la qualité de la formation médicale dans ce pays, ceci nous en administre une preuve flagrante).

Finalement, je ne sais si la faculté considéra que ce diagnostic eut valeur de prédication mais ce qui est certain c'est que ma bergère a retrouvé ce terme qu'elle m'avait gentiment soufflé au creux de l'oreille. J'ai pu retrouver le sommeil et le désir d'écrire à nouveau non sans lui avoir promis d'évoquer cette page de l'aventure littéraire. Quant à connaître ce vilain adjectif tourmenteur, il vous faudra patienter afin de le découvrir dans le conte de la gentille pastourelle. Merci à tous ceux qui sont allés au terme de ce billet ; je ne vais pas prendre le risque de qualifier leur comportement avec deux ou trois adjectifs bien sentis. Nous risquerions d'y passer un temps fou !

Illustration 2

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