Au temps des bonnets d’âne

Berlaudiot à l’école.

Leçon de pédagogie appliquée

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S’il est un garnement qui a mérité plus que tous les autres de porter le bonnet d’âne, ce fut bien notre ami Berlaudiot, du temps de sa communale à Sainte Solange. Il en fit tant et si bien qu’il explora alors toute la panoplie des sanctions d’une époque aujourd’hui révolue. De la calotte aux oreilles tirées, des coups de règles sur les doigts à la fessée avec une main ferme, il eut même droit à de magistraux coups de pieds dans le séant. Rien qui fut de nature à lui mettre du plomb dans la tête, hélas.

L’encrier recevait sa craie, le banc une punaise, la feuille déchirée pour mauvaise écriture devenait immanquablement avion, la boulette était ravageuse tandis que le maître avait souvent de mauvaises surprises dans son cartable, de quoi monter, au fil du temps, une belle ménagerie de petites bêtes moins sottes que notre luron. De remontrances en explications de textes, de convocation des parents en colles innombrables, notre lascar finit par lasser l’institution publique tout autant que ses géniteurs contrits.

Le gant de fer n’était sans doute pas assez virulent à l’école laïque, c’est vers la maîtrise de la cathédrale de Bourges que la famille reporta tous ses espoirs de rédemption scolaire. C’est sous la poigne réputée terrible du curé maître d’école, le père Langeron que notre ami devait retrouver le droit chemin. Ses débuts furent hélas dignes d’être narrés tant notre cher Berlaudiot s’attacha à se concilier d’entrée les faveurs de l’homme de Dieu.

Le temps de prendre ses marques, de repérer le tour pendable qu’il convenait afin de célébrer dignement son arrivée et notre garnement lançait sa première offensive. Il avait emprunté la scie à métaux de son père, chaudronnier de son état et en catimini, la fripouille sciait les pieds de la chaise professorale. L’effet fut garanti mais la chute désastreuse. L’imbécile avait rangé l’arme du crime dans son cartable pour la ramener à la maison…

La suite fut délectable. Une tannée digne d’un ring de boxe qui fut doublée à la maison quand le chaudronnier, constatant la disparition de l’objet du délit en réclama sa destination que Berlaudiot dut bien avouer. Le garçon retint sa première leçon chez les bons pères puisqu’il remit le couvert emportant cette fois un tournevis afin de dévisser le tableau mural. Nouveau fracas en plein cours mais cette fois, la fouille ne donna rien en dépit des soupçons sur sa modeste personne.

L’apothéose, c’est du moins ce qu’espérait notre gentil gredin, son chef d’œuvre de cancre était en route. Las de porter le bonnet de l’infamie scolaire à longueur de journée, Berlaudiot vint en classe flanqué d’un véritable âne du Berry. Ce fut un grand tohu-bohu avant que le père Langeron comprenne que l’animal calmerait sa mauvaise troupe.

De ce jour, et durant un trimestre, l’âne resta fidèlement en classe, devenant même la mascotte de l’établissement. Choyé, nourri, soigné, le baudet avait eu un effet apaisant de tout premier ordre. Berlaudiot se fatigua vite de la farce et un jour, décida de reconduire son âne au pré. Naturellement le bon père s’enquit de ce qu’il était devenu quand le gamin, insolent, lui déclara qu’il avait si bien profité de son enseignement, qu’il était parti faire classe à Veaugues, village qui a la réputation de ne pas abriter que des lumières.

Le curé de montrer sa fierté et sa satisfaction, expliquant aux gamins ébahis, qu’il n’avait jamais eu élève si attentif. Il avait d’ailleurs remarqué que seul l’âne dressait ses oreilles durant ses explications. L’immense éclat de rire qui suivit cette saillie fut pour Berlaudiot le déclic. De ce jour mémorable, il cessa de jouer les trublions et devint un élève sérieux. Il faut bien avouer que depuis qu’on lui taillait les oreilles en pointe, il n’était que temps d’en profiter un jour. C’est ce qu’il fit ce qui lui permit de réussir fort honorablement son entrée dans le monde professionnel. Je ne vous dirais pas ce qu’il est devenu pour ne pas froisser ce navigateur ligérien.

Asinussement vôtre.

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