Leur quart d’heure de célébrité

Un pavé dans la mare médiatique

Ne leur tirez pas dessus à boulets rouges !

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Un sénateur, personne sage par définition, ulcéré de voir défiler sur les réseaux sociaux ces images de policiers alors qu’ils se trouvent en situation délicate, a émis une proposition qui à mon humble avis est de nature à mettre un terme à ce qu’on nomme « Violences Policières » ou bien « Usage imparfaitement méprisé de la force en réponse à une agression disproportionnée » selon que l’on soit pour un État de droit ou bien droit dans ses bottes dans cet État là.

Ce brave homme, après moult réflexions, choses assez inhabituelles dans une corporation qui la plupart du temps se contente d’entériner les ordres du gouvernement a proposé de faire interdire par la loi, le fait de photographier ou pire encore de filmer un fonctionnaire de police dans l’exercice de sa fonction. Ainsi, pour ce parlementaire, nous cesserions d’avoir sous les yeux, des images susceptibles de provoquer le courroux des citoyens tout en creusant un fossé d’incompréhension entre la police et les usagers.

Des esprits retors comme il en existe malheureusement de plus en plus sur la toile ont interprété défavorablement les quelques gestes déplacés qui peuvent subvenir maladroitement dans l’exercice de la délicate mission de nos précieuses forces de l’ordre face à des hordes de plus en plus sauvages et incontrôlables. Il semble déraisonnable de donner la parole à des gens qui ne comprennent rien à rien ! Pour ceux-là, cette indispensable proposition est comprise comme la volonté gouvernemental de censurer la liberté d’information alors qu’elle n’est rien moins qu’un louable soucis d'apaisement.

Vous voyez bien à l’énoncé de cette remarque combien elle porte en elle les stigmates d’un esprit anti-civique qui tend de plus en plus souvent à caricaturer les décisions pourtant raisonnables tout autant que responsables émanant de ceux qui en sont charge des destinées de la nation. Si ce sénateur a imaginé pareille mesure, ce n’est nullement pour entraver la liberté mais bien au contraire pour apporter une pierre à la paix civile.

Ce sage a en effet compris que nos fonctionnaires de police sont eux aussi pris par le vent de folie qui pousse chacun d’entre nous à espérer disposer de son quart d’heure de célébrité. Les rares mauvais gestes qui ont pu être constatés ici ou là, ne sont que le fruit d’une volonté perverse certes mais ô combien humaine de se voir à la télévision ou sur les réseaux sociaux.

Ces fonctionnaires qui jadis étaient gardiens de la paix sont devenus au fil des époques garants du maintien de l’ordre. Terrible et noble mission qu’ils doivent accomplir non seulement avec un salaire de misère mais dans un total anonymat. Ils ont perçu que les manifestations leur donnaient la possibilité de briller un peu en société, de se faire valoir auprès de leurs voisins et de leurs amis. Qui pourrait les en blâmer tandis que leurs chefs qui eux ne supportent ni le stress ni les comportements belliqueux des manifestants, ont droit aux projecteurs et aux œilletons.

Tarir la cause de ces quelques dérapages, c’est dans la foulée assécher le flot de gestes malheureux devant les caméras. Cette mesure est d’une remarquable lucidité, un modèle de réflexion et d’esprit de synthèse, qui ne peut que surprendre car venue du sénat, lieu qui ne nous a pas habitué à pareille fulgurance. Elle porte en elle les germes de la paix civile, de la fin des dérapages et autres bavures, en un mot comme en sang, la fin de toutes - ce qu’on nomme abusivement - « Les violences Policières ».

Depuis, au Palais, on a créé une cellule de réflexion afin de mettre au point d’autres mesures aussi judicieuses pour mettre un terme aux grèves qui n’ont que trop duré, aux mouvements d’humeur des salariés menacés de licenciement, aux coups de fièvre d’une population qui s’estime injustement méprisée par ses élites, aux blocages de toutes sortes, aux plaintes et jérémiades de toutes natures. Il y a certes un peu de pain sur la planche mais ce sénateur a montré la voie et gageons que nos énarques sauront eux aussi trouver des mesures de nature à faire cesser définitivement toute contestation. On s’oriente semble-il vers des lobotomisations de masse pour qu’enfin la paix sociale et la concorde règne dans notre beau pays de France.

Expéditivement leur.

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