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Billet de blog 21 juin 2017

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Quand le livre n’est pas encore fini

Le travail de l’éditeur. Le marathon de l'édition.

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Les deux auteurs, tout heureux d’avoir apposé le point final à ce roman qui leur avait pris tant de temps, ignoraient alors que l’aventure ne faisait que commencer ; une aventure où ils perdirent un peu la maîtrise sur ce qu’ils avaient écrit. Ils commencèrent tout d’abord par envoyer leur enfant à quelques amis, sélectionnés avec soin pour leur franchise, leur amour de la lecture et leur capacité à juger. Le risque était redoutable : comment réagiraient-ils si les appréciations n'étaient pas bonnes, incertaines ou franchement elliptiques ? C’est leur fierté ou leur orgueil qui en prendrait un coup.

Ce premier écueil passé, ils durent redresser leur orthographe, confier le manuscrit à plus experts qu’eux en la matière. Un œil distancié traque davantage la faute que les auteurs, trop bienveillants avec leurs propres travers. C’est un long moment que ce passage, qui suppose des regards nombreux et attentifs. Il y a toujours des maladresses inaperçues, qui, curieusement, provoqueront l’indignation des éventuels lecteurs.

Ce sont encore des heures passées en intimité avec le texte, à le lire et le relire sans cesse pour qu’il soit enfin présentable. Cette fois, les personnages et l’intrigue s’effacent pour laisser place à la lettre, aux mots et à leur apparence. Un labeur moins agréable ; parfois un pensum, une corvée dont il leur fallait accepter la nécessité, tant leur rapport aux subtilités de la règle était approximatif.

L’enfant a revêtu ses habits du dimanche ; il peut sortir et affronter le monde redoutable de l’édition. Cette fois, c’est le choc, la possibilité du refus, la blessure narcissique. Il convient de ne pas se bercer d’illusions : les éditeurs nationaux, ceux qui disposent de leurs entrées dans les grandes librairies, n’ont pas de temps à perdre avec une œuvre de plus, dans cette marée de livres, de romans qui sortent chaque année. C’est donc vers des éditeurs régionaux que se retournèrent les deux coauteurs en limitant ainsi leurs rêves de succès.

Dans le cas de « Règlement de conte sur la Loire » une fracture se fit avec l’éditrice de leurs précédents ouvrages : un roman et des recueils de contes. Il n’est pas besoin d’en connaître la teneur ; le divorce se fit tonitruant, fracassant même ; laissant les deux auteurs sans illusion désormais sur la nature même de cette curieuse profession. C’est ainsi qu’ils se tournèrent vers les éditions à compte d’auteur pour conserver leur liberté, et plus encore, leur dignité.

C’est Emmanuel, un ancien collègue de l’un des deux, plume lui aussi du défunt site «Le Post », qui accepta de prendre en charge ce travail. Cette fois, ils découvrirent, avec étonnement d’abord, puis ravissement ensuite, combien cette collaboration pouvait être exigeante, nécessaire et précieuse. C’est du moins ainsi que le travail des éditions Cokritures leur révéla la véritable dimension de la relecture.

L’homme n’eut de cesse de débusquer, le cas échéant, l’erreur chronologique ou l’incohérence, la maladresse, la tournure malhabile, la lourdeur et les répétitions. C’est à une nouvelle radioscopie du texte qu’il les poussa à se livrer : exercice qu’habituellement ils délaissaient, trop laxistes avec leur manière d’écrire, sans doute. Ils découvraient, l’un et l’autre, leurs tics de langage, leurs pesanteurs et tous ces petits détails qui, mis bout à bout, désespèrent le lecteur. Leur nouvel éditeur, en effet, ne laissa rien passer.

La ponctuation, la pagination, le calligraphie, tout cela devenait capital pour les coauteurs, alors que, franchement, l’un des deux n’y accordait pas toujours l’importance indispensable. C’est ainsi que l’éditeur devint un compagnon de route dans cette naissance qui n’était pas entièrement réalisée. Ils voyaient se produire encore des transformations là où ils considéraient déjà leur livre achevé.

La couverture fut, une fois encore, un long processus ;fait de tâtonnements, de modifications, d’allers-retours entre eux. Si l’éditeur leur laissait libre choix de l’illustration, il avait des exigences de qualité, de cadrage, de couleur. L’ami Patrick, qui avait accepté avec plaisir de confier un de ses clichés, fut mis à l’ouvrage, lui aussi. Quel beau travail d’équipe !

La quatrième de couverture fut une dernière pierre à l’édifice. Là encore, rigueur et soin, concertation et échanges qui contrastaient singulièrement avec ce qu’ils avaient connu. Une belle épopée, un travail de plus de dix-huit mois, qui fut sans cesse remis sur le métier. Ils avaient fait le bon choix ; ils furent émerveillés par la pertinence des remarques de leur éditeur, par son professionnalisme. Ne leur reste plus qu’à vendre le roman ; car c’est désormais à eux seuls qu’incombe ce rôle.

Relecturement vôtre.

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