La géométrie municipale

Les plans sur la comète.

Polygones et compagnie

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À Saint Berdolin-sur-Loire plus que partout ailleurs sans doute, les allées du pouvoir bruissent des rumeurs et des discussions qui se déroulent dans l’ombre, d’une manière si discrète que tout le monde finit par le savoir. Ce jeu d’ombres pratiqué par des pantins sans lumière amuse les observateurs attentifs de la comédie humaine. Tout est fait là pour amuser la galerie et donner matière à entretenir les conversations.

Il convient de préciser que celui qui occupe actuellement le trône tant convoité doit sa place à un fâcheux concours de circonstance, une démission pour cause de santé à laquelle s’est ajouté un fiasco électoral qui a mis quelques ténors au chômage technique. Comme tous ces notables ne savent vivre qu’aux crochets de la population, la place est convoitée, ne serait-ce que d’un point de vue comptable, bassement alimentaire.

Comme de plus, le supplétif a commis quelques bourdes, s’est signalé par des actions d’éclat de rire qui ont tourné à la farce, les postulants sont légion, pensant qu’ils pourront faire moins mal que l’actuel locataire de la place. Ils n’ont sans doute pas tort, puisque le sortant s’illustre par des facéties qui seraient désopilantes si elles n’étaient pas déplacées.

On se lance dans un jeu de cache-cache, chacun essayant de dissimuler des intentions qui sont évidentes comme un nez de Pinocchio au milieu de la figure. Ce serait à se tordre de rire si tout ce petit monde était porteur de nobles intentions. Hélas, l’intérêt public a bon dos dans cette mascarade où nos champions avancent masqués pour cacher de redoutables intentions.

Qui est le plus retors ? La question est loin d’être évidente, chacun déployant des trésors de duplicité pour feindre, se cacher, trahir, mentir, tromper, leurrer. Toutes les cartes sont biseautées y compris celles qui stipulent leur appartenance à une couleur politique. Dans ce jeu de faux semblants, les faux culs sortent du bois alors que les urnes ne sont pas encore sorties.

Ils sont tous en marche même si aucun ne se revendique clairement de cette nouvelle obédience. Seul le parti qu’on dit encore socialiste joue les encéphalogrammes plats. Il est vrai que du côté de l’esprit, cette mouvance a depuis longtemps baissé pavillon, ne parvenant même plus à sauver la face lors des derniers scrutins. Mais rassurez-vous, ailleurs ce n’est pas mieux, les têtes sont plus grosses que bien pleines !

Saint Berdolin-sur-Loire a le triste privilège d’avoir une classe politique déclassée, un panel d’impétrants désastreux. Seules les dents sont aiguisées chez ces personnages à la triste figure. Ils fomentent, conspirent, manigancent en sous-main, s'allient et se délient, s'alitent et finissent parfois par se coucher devant le pouvoir en place.

Les soubresauts d’une classe qui a depuis longtemps montré les limites de sa clairvoyance ne peuvent que nous faire sourire. La coterie se déchire puis le temps venu, les cartes enfin distribuées, tout ce petit monde de notables, d’héritiers, de nantis, se serrera les coudes, oublieux des crocs en jambes, pieds de nez et autres coups bas qu’ils n’auront eu de cesse de se repaitre deux années durant.

Et ce serait ceux-là que nous devrions respecter. Il ne faut pas exiger du petit peuple l’impossible, nous qui ne bénéficions pas des avantages, privilèges qu’ils s’octroient dans vergogne. Nous aimerions nous aussi disposer d’une rue sans stationnement payant dans certains quartiers bourgeois ou d’une plage au soleil. Mais ceci ne sera jamais pour les gueux. La ville est aux mains des héritiers pour encore bien longtemps.

De nouveaux venus tentent bien de secouer le cocotier. Ils se bercent d’illusion. À Saint Berdolin sur Loire, le conservatisme a encore de beaux jours devant lui. Seul le géomètre du moment risque de payer les pots cassés de ses turpitudes et d’un comportement que d’aucun qualifie de prétentieux et immodeste. Mais pour le reste, ses anciens compagnons de route sont en piste pour le détrôner. L’ingratitude est si grande dans ce merveilleux petit monde.

Ce que je décris ici, se passe pareillement ailleurs, avec d’autres pantins de la même espèce, en tous points semblables à ceux-là. Il serait grand temps de changer les règles d’un jeu qui ne fait plus rire personne. Mais qui donc s’aventurerait à changer ce qui leur convient si bien depuis si longtemps. Nous n’avons qu’à nous taire et courber l’échine devant ces grands personnages. Toutes les bassesses ne les empêchent pas de se croire importants !

Médiocrement leur.

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