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Billet de blog 22 novembre 2025

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Le jeu du miroir.

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Courage ou impudeur ?

Illustration 1
© Johannes Gumpp

Un lecteur, auteur prolifique au demeurant, me reproche de ne pas user du « Je » dans mes billets. Adepte du miroir dans lequel se réfléchit sa merveilleuse image, il ne doit pas apprécier celui qui se contente d'épier la société qui l'entoure à travers une glace sans tain. Les deux postures sont certes largement contradictoires même si la seconde n'exclut nullement la réflexion.

Grief assené avec la délicatesse de celui qui entend donner des leçons tout en se situant bien au-dessus de la condition de ce pauvre écrivaillon, il défend son désir de parler de lui à longueur de chroniques : « Parler de soi réclame du courage ! ». Il faut entendre derrière cette affirmation qu'éviter ce sujet est une preuve de lâcheté. Son « Moi » doit sans nul doute, toucher le plus grand nombre des lecteurs, enthousiastes à l'idée de découvrir ses tourments, ses angoisses, ses interrogations existentielles.

Il faut certainement une vie intérieure d'une richesse sans pareille pour ainsi dévider depuis vingt ans dans son cas, ses états d'âmes sur la toile, avec son « Je » en porte-drapeau. Cela demande aussi une immense capacité à l'introspection sans cesse renouvelée et contrôlée car ce contradicteur me demande si mes billets ne se répètent pas parfois, ce qui est certainement inévitable. Quant à ce personnage d'exception, il s'épargne ce risque par une vérification drastique de tout ce qu'il écrit à son propos.

Mon « ami » ajoute qu'il collecte scrupuleusement toutes ses confessions intimes. Il écrit : « La semaine prochaine, je publie le 2ème opus de mon eBook dont le 1er avait été écrit en 2008 et qui cette fois a été écrit en 2019. Une période correspondante à une réalité qui sépare les deux épisodes. Le 3ème opus sera pour le mois prochain. C’est ça le suivi de l’organisation des événements. » Il faut comprendre la dernière phrase comme un reproche à qui n'effectue pas un contrôle rigoureux de ses éventuelles redondances tout en s'extasiant de ce terme « Opus » qui en dit long sur sa modestie.

Parler de soi ainsi, avec un retour permanent à son impudique déballage n'est en aucune façon une manifestation de courage. C'est une forme immatérielle et numérique de psychanalyse publique qui a peut-être le mérite de toucher quelques personnes. C'est d'abord un choix personnel qui pour respectable qu'il soit, ne doit pas autoriser ce personnage à traiter de pleutre et de redondant un collègue qui évite soigneusement ce « Je » si indélicat.

Quant à penser que parler des autres, les observer et les dépeindre par le truchement quelquefois de la fiction n'est pas un acte courageux, c'est ignorer le risque permanent de leur déplaire, de les offenser, de les offusquer quand ils finissent par se reconnaître dans les traits d'un personnage.

Écrire ainsi sur les autres, leurs comportements, leurs travers, leurs passions ou leurs réalisations, c'est malgré cette distance fort commode, parler un peu de soi, se dévoiler ou se trahir à travers ce regard torve qui est proposé. Ce n'est pas comme le sous-entend ce charmant collègue d'écriture, une preuve de couardise. Il y a bien plus d'intime dans le regard que l'on porte sur les autres que dans cette admiration désolante de son reflet dans un miroir.

Réflexions du Miroir (c'est sans pseudonyme) méritait bien de recevoir ainsi en retour de ces nombreux commentaires restés sans réponse, une image déformée en guise de réaction à ses admonestations aux allures paternalistes. Sans acrimonie aucune, il hérite d'une chronique qui répond à ses reproches sous la forme habituelle de cette expression qui semble lui déplaire.

Il devrait se féliciter d'entrer ainsi dans cette étrange collection hétéroclite de billets à l'emporte-pièce qui n'a rien du journal intime qu'il constitue depuis 20 ans. Il fait ainsi son apparition dans mon journal infime, ce qui flattera à n'en point douter un ego qui se veut universel.

Illustration 2
© Norman Rockwell

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