Ne lui taillez plus de croupières…

Le cavalier désarçonné ...

... ne supporte pas les procureurs

 

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Notre bon Freluquet, Prince sans rire d’une nation est une fois encore monté sur ses grands chevaux pour faire une déclaration vengeresse et belliqueuse contre ce peuple d’insoumis, d’irréductibles râleurs, de mécontents permanents, de procureurs détestables qu’il a le déplaisir de tenir par la bride. Lui, le grand homme, n’est pas là pour peser de l’avoine et encore moins pour supporter les griefs des valets de pied toujours prompts à emboîter le pas du dénigrement général, des postillons qui aiment à cracher dans la soupe et sur la si exemplaire classe politique.

Oui, critiquer le grand homme c’est s’en prendre à la nation tout entière, décourager les bonnes volontés, saper le moral des troupes en première ligne. Curieusement, l’offensé outragé doit se compter dans les sacrifiés de la ligne de front, lui qui ne fait que pérorer à longueur de temps et ne jamais s’appliquer les mesures élémentaires qu’il exige de tous. Faites ce que je dis et pas ce que je fais et les chevaux seront bien gardés.

Il est donc impérieux de ne plus critiquer le bon président. Il se démène pour assurer notre survie, nous promettant la Lune alors que c’est plutôt le caniveau ou bien la rigole qui nous sont promis. N’évoquons pas le fumier qu’il faut évacuer des écuries des palais, ces mensonges permanents, ces falsifications de la vérité, ces promesses trompeuses, ceci n’est que l’art de la bonne politique à la française, il n’a fait que mettre ses bottes dans les pas des prédécesseurs, ajoutant quant à lui des étriers pour avoir l’air plus martial.

Pour compléter son aspect de cavalier de l'apocalypse, il n’a pas lésiné sur l’usage de la cravache, frappant les croupes tout autant que les troupes contestataires, cette piétaille des fantassins jaunes. Il est surpris désormais de ne pas recevoir la légitime affection que tous ses efforts mériteraient. Il a été nourri au sein de sa professeur de français qui lui a inculqué cette maxime : « Qui aime bien, châtie bien ! ». L’appliquant à la lettre depuis son couronnement, il aimerait en retour recevoir ce flot d’amour qui récompenserait toutes les mesures coercitives, punitives, privatives dont il a jalonné ces trois années de mandat.

Au lieu de quoi sa côte est en berne, son image dégradée, ses ministres vilipendés, ses chers godillots se font marcher sur les pieds. Les gens sont vraiment trop injustes après tant de marques d’affection. Le peuple ? Il n’est rien à attendre de ces gueux détestables, ces miséreux incapables de comprendre que son gouvernement n’agit que pour son seul bien. Il est critiqué, la belle affaire, les quolibets viennent de si bas qu’ils ne peuvent atteindre notre sérénissime. Mais à force, ce concert de critiques fait tâche sur la scène internationale, nuit à son image auprès de ses collègues. S’il n’a que faire de l’opinion de la plèbe, il aimerait au moins qu’elle n’ébruite pas son courroux auprès des grands de ce monde.

Notre bon cavalier constate, atterré que les méchants lui taillent des croupières, cherchent ainsi en coupant la sangle qui maintient son trône à le déstabiliser, le faire choir même, l’abattre sans un merci pour tout ce qu’il a fait de bien et de grand. Que les gens sont ingrats ! Décidément, la politique est un exercice pour lequel il ne faut pas attendre la reconnaissance de ceux contre lesquels il agit sans relâche. Heureusement que ces généreux donateurs ne sont pas aussi ingrats, il peut toujours compter sur eux et leur rend bien leurs marques d’affection.

Voilà un nouvel épisode des saillies de l’étalon présidentiel. Il déplore amèrement que les citoyens soient aussi négatifs. C’est de notre faute si tout va si mal. L’analyse est simpliste certes mais elle a le mérite de dédouaner un personnage qui, la main sur le cœur, n’a eu de cesse que de dire du bien de la population. Jamais un mot plus haut que l’autre, jamais une réplique assassine, jamais une charge contre telle ou telle catégorie. Non vraiment, un amour de président qui à juste titre récolte les fruits amers de son mépris.

Cavalièrement sien.

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