Rue des trois maillets.

L’artisanat d’alors.

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Il est une rue d’Orléans que la surélévation de la Rue Royale dans le prolongement du pont a condamné progressivement à l’oubli et à sa mise en l’écart. Devenue impasse du Héron, elle n’en mérite pas moins une visite car elle abrite une des plus belles demeures de notre cité. Les visiteurs pourront même s’offrir le luxe d’y passer une nuit puisque l’endroit est un gîte au charme incontestable. Mais délaissons un temps ce magnifique immeuble pour porter notre curiosité vers ces fameux trois maillets.

Le maillet a depuis sa création été un objet porteur de sens et de symbole. Prolongement de la main droite, il symbolise en Orient le bonheur et la prospérité, tandis qu’il est le compagnon des franc-maçons, des juges et de nombreuses professions. Le campeur ne l’oubliera pas non plus, si le sol résiste à l’enfoncement de la sardine. Nous sommes alors loin de la quête de l’or ou bien du passage dans l’au-delà, quand un coup de maillet est asséné sur le crâne du défunt. Si la chose peut vous sembler étrange, elle n’en demeure pas moins une forme plus délicate que celle qui consiste à croquer l’orteil d’un cadavre.

De la même famille que le mail, cette rue est paradoxalement sans doute la plus éloignée des enceintes de la ville, donnant autrefois au cœur de la cité, là où les ponts gaulois et médiévaux, traversaient la Loire. Que ce soit le pont Royal qui brisa sa fonction de passage vers l’extérieur peut nous interroger. Chez les Celtes, le maillet représentait la puissance et la volonté créatrices et ordonnatrices du Dieu, associé au pont, il nous conduit vers l’ailleurs ou bien le ciel.

Mais ici, le maillet n’est pas simple ni même double. Il y a trois maillets, sans doute pour honorer trois professions qui œuvraient alors dans la ville médiévale. La Loire apportant vins et pierres, les artisans qui s’installaient près du Port de Recouvrance avaient activités liées aux différents commerces.

Le premier maillet est celui du tonnelier. La ville était un immense atelier de tonnellerie. Que ce soit pour le vin, le vinaigre, la mélasse, les huiles, les alcools et tant d’autres matières encore, le tonneau était le contenant le plus commode à la fois pour le conditionnement et le transport. Le maillet était alors l’outil de finition de la barrique : pour forcer les cercles, le tonnelier va utiliser une chasse frappée avec un maillet. La chasse ou chassoir est, le plus souvent, une sorte de coin, renforcé par des cercles de fer et terminé à l'une des extrémités par une gorge transversale. Celle-ci vient se caler sur le champ du cercle.

Le second est celui du tailleur de pierre et plus précisément celui du sculpteur qui ouvragera le délicat Tuffeau qui nous arrive de Touraine. Le maillet du sculpteur est doté d'une tête en forme de tronc de cône renversé. Cette tête circulaire permet de garder la même puissance de frappe quel que soit le point d'impact. Nos artistes d’alors façonnèrent gargouilles et statues avec un soin délicat et un art consommé.

Le troisième outil sera destiné à l’ébéniste, profession qui connut ses heures de gloire dans le quartier avec la maison Mailfert installé alors dans l’Hôtel Toutin ou François Premier. Il y avait à l’époque une grande tradition du travail du bois largement défendue par les compagnons du Tour de France.

Trois maillets, trois artisanats qui firent la gloire et la richesse de la ville. Ce passé semble révolu, la Loire ne transporte plus de marchandises et le plastique et les matériaux composites ont pris le relais du bois et de la pierre. Il ne faut pas désespérer que la Rue des Trois Maillets retrouve un jour ses activités passées. L’histoire n’est qu’un perpétuel recommencement. Voilà une remarque frappé au coin du bon sens, avec un de ces trois objets contondants que l’on nomme encore maillet.

Percutement vôtre.

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