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Billet de blog 23 septembre 2012

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Ma quête du Brame.

Une bonimenterie sylvestreL'inaccessible étoile ! Il y a une sortie qui fait partie des traditions locales quand on a le bonheur d'avoir forêt à portée de balade. Entre Sologne et forêt d'Orléans, notre Val de Loire est béni des dieux sylvestres. Ainsi, quand la période des amours cervidés est venue, l'autochtone a lui aussi une monté de sève. Il se précipite à ce spectacle magnifique, le râle des amours victorieux. Il y a toujours une occasion qui fait le larron, souvent c'est en troupe qu'il veut assister à la chose ….

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Une bonimenterie sylvestre

L'inaccessible étoile !

Il y a une sortie qui fait partie des traditions locales quand on a le bonheur d'avoir forêt à portée de balade. Entre Sologne et forêt d'Orléans, notre Val de Loire est béni des dieux sylvestres. Ainsi, quand la période des amours cervidés est venue, l'autochtone a lui aussi une monté de sève. Il se précipite à ce spectacle magnifique, le râle des amours victorieux. Il y a toujours une occasion qui fait le larron, souvent c'est en troupe qu'il veut assister à la chose ….

C'est alors que commencent les désagréments habituels de la bande qui se déplace. Les uns sont habillés de clair et se font remarquer comme un nez au milieu de la figure. D'autres ne peuvent garder le silence, ils ont toujours discussion à mener et éclats de voix à offrir à la nuit. Certains prennent froid et éternuent fortement. Beaucoup ne regardent pas où ils mettent les pieds, des craquements sinistres retentissent dans les bois.

Parfois, c'est une boutade en fin de repas bien arrosé : « Eh ! Si nous allions écouter le brame ? » La joyeuse tablée se lève, cherche vainement qui en est encore en mesure de prendre le volant et s'en va, par de petites routes discrètes à la rencontre des amours du cerf et de sa biche. C'est à chaque fois la catastrophe ! Il y a toujours une voiture qui se perd dans les chemins, et quand par miracle, les noceurs se retrouvent sur les lieux du spectacle espéré, ils font un tel tapage qu'ils resteront bredouilles de toute trace animale. Qu'importe, l'air leur a fit du bien, ils retourneront à table finir quelques bouteilles …

D'autres fois, c'est la météo qui se chagrine. Le temps qui jusqu'alors était au beau fixe se fâche soudainement. La pluie, le vent, la gelée nocturne surprennent l'urbain en tenue légère. L'escarpin dans la gadoue, la robe de soirée qui s'accroche aux épines, le pantalon qui se mouille, les frissons qui gagnent la bataille. C'est une fois encore la Bérézina du brame. Il faut rentrer la queue basse, comme le cerf vaincu et se précipiter sur un bon vin chaud ou un grog réparateur !

Et il y a encore l'impondérable naturel. Tous les facteurs sont réunis pour que la soirée soit belle. Mais c'est monsieur le Cerf, grand mâle dominant qui refuse obstinément de faire feu de tous bois. Il parade autour de son harem de femelles admiratives, il a découragé la concurrence, il vague à sa besogne reproductrice sans avoir besoin de beugler sa gloire.

Il se peut tout autant qu'il n'y ait pas âme qui bouge dans les bois ce soir-là. Rien à se mettre sous la jumelle, c'est le fiasco total. On passe des heures à arpenter les allées, à rester immobiles à la croisée des percées. On s'ankylose, on se « fourmille », on s'impatiente, on s'exaspère. Rien, il ne se passe rien, la soirée tourne à vide. Le cerf n'aime pas que des intrus viennent se soucier de sa libido !

C'est ainsi qu'il en est pour moi de la quête du brame. J'en suis toujours revenu avec mon désir sous le bras. Je dois être encore un jeune daguet, privé du bonheur de la saillie sylvestre et du râle d'outre gorge. Il me faut accepter la chose. Ce spectacle se dérobe à moi, systématiquement, régulièrement. Il me faut en prendre mon parti.

Vendredi soir, j'ai encore connu cette déception fâcheuse. La troupe était là, captive dans son enclos du domaine du Ciran. En attendant de devenir viande à boucherie giboyeuse, nos braves bêtes se pavanaient dans le silence. Nous décidâmes alors de tenter l'aventure chez leurs compères sauvages. Rien de mieux si ce n'est une pluie fine et pénétrante qui nous transforma en serpillière à tordre. C'est à la nuit que nous rentrâmes, dépités et mouillés.

Heureusement, nous avons toujours la ressource d'oublier par la table ce que la forêt nous a refusé. Nous fîmes agréable repas dans une fermette solognote. Si dans notre région, tout ne finit pas par des chansons, il est à peu près certain que c'est en mangeant qu'on efface les contrariétés.

Bramement leur.

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