Le p'tit noir au comptoir…
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Il est désormais un marqueur édifiant de l'état d'esprit de certains commerçants, cafetiers ne se prenant plus pour des bistrotiers de base, qui s'autorisent des prix fantaisistes pour satisfaire leur goût du lucre. Le prix du petit noir qu'il convient de ne plus nommer ainsi au risque de passer pour le dernier des réactionnaires, s'envole sans que personne n'y trouve à redire, puisque tout désormais passe par le prisme de la liberté de détrousser le client.
Remarquez, j'évoque ici le prix du café alors qu'il conviendrait de s'étrangler devant celui du thé qui prend des allures de boisson de luxe. À bien y regarder, on peut même supposer que l'on bat ici tous les records de la pingrerie quand celui-ci est maintenant servi dans une tasse tout juste plus grande que celle réservée au café. Adieu la théière qui permettait d'infuser convenablement et d'en boire au moins deux bonnes tasses dignes de ce nom.
Pour justifier l'arnaque, pour se rattraper aux branches, le tenancier de vous présenter une gamme fort diversifiée de sachets aux relents chimiques, proposant toute une gamme de saveurs exotiques qui n'ont rien à voir avec la boisson initiale. Si cela ne suffit pas pour faire avaler la pilule, un petit supplément gourmand, bien emballé, vient apporter sa contribution à la justification de la note.
Il en va de même pour ce petit café sur le zinc qui ne se sert plus sans son petit chocolat ou son biscuit. Ajoutons que le sucre se livre en petite dosette individuelle pour poursuivre l'amoncellement de détritus qui vont souiller la sous-coupe après usage. On se trouve bien en plein délire consumériste ce qui justifie de tutoyer les deux euros quitte à s'en émanciper largement dans certains estaminets urbains.
La libération des prix permet ainsi de se faire une idée précise des envies du cabaretier, ce virtuose du percolateur, ce bandit manchot du jack pot financier. Pour compléter le tableau, bien des établissements doublent la mise avec des écrans qui proposent des gains faramineux à la condition de payer de sa personne. Le petit café sans grattage ni tirage perd tout son charme.
Faute d'être affilié à la France des gueux à détrousser de leur plein gré, le caboulot se targue de vous assommer l'esprit et le moral avec une chaîne d'informations en continue qui déroule son lot de catastrophes et de têtes à claques pour poursuivre dans la vaste campagne de conditionnement qui vous fera tout accepter, à commencer par le prix de ce petit café.
J'enrage de découvrir au gré de mes arrêts, la variété des tarifs souvent assortis d'un service mécanique qui semble dire au client que tout ce travail pour un si petit bénéfice a de quoi l'exaspérer. Il ne faut pas oublier de préciser que c'est là la boisson qui a le meilleur rendement bénéficiaire et qu'un petit sourire pourrait éviter un nuage qui n'est pas de lait.
Au terme de ce récit amer comme un café trop fort et sans sucre, j'ose apporter une note réconfortante. Je sais un bistrot rural qui propose à tous ses clients le matin avant 9 h 30, en pensant notamment aux ouvriers sur les chantiers et aux autres, un café à un euro qu’il fut serré ou bien allongé. C'est au Bray'K bar de Bray-en-Val qu'est proposé ce tarif qui tient lieu d'institution.
Ceci explique sans doute l'esprit convivial de l'endroit où chacun se serre la main ou se salue aimablement en entrant dans le bar. La chose a été rendue possible par un geste du fournisseur qui offre un paquet tous les cinq achetés pour soutenir cette belle initiative qui méritait de vous être confiée devant une belle petite tasse chaude et fumante.
Pour ceux qui empruntent la D88 entre Châteauneuf-sur-Loire et Gien, au feu rouge à l'entrée de Bray-en-Val, vous tournez à droite pour trouver un parking 250 mètres plus loin. Arrêtez-vous et passez de ma part. Vous pouvez aussi profiter de cette pause pour découvrir l'excellent pain du boulanger voisin du bar.
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