Réflexions au creux de la vague
Agrandissement : Illustration 1
Se jeter à l'eau : curieuse expression qui, prise au sens propre réduit singulièrement le besoin de se laver le corps et encore moins l'esprit. Quant à la considérer au sens figuré, tout dépend naturellement des risques encourus dans un exercice qui parfois peut vous jeter dans l'inconnu et vous mettre en grand péril, perdre la face et vous trouver par là-même défiguré aux yeux des témoins de la chose …
Si c'est dans une rivière, il est parfaitement possible de se trouver ainsi dans de beaux draps, de ceux dont naturellement la dame fait son lit. D'autres sources de désagréments ne manquent pas dans ce registre. Prenez bien garde à choisir votre réceptacle puisqu’il n'est pas rare d'y croiser un grain de sable ou une dame de nage. Vous pourriez alors perdre pied sans pour autant avoir de l'eau au-dessus de votre ligne de flottaison.
Le courant du reste n'arrange jamais les choses, vous mettant en danger d'hydrocution à l'approche des centrales nucléaires quelle que soit la température extérieure tout comme celle de ce bouillon de culture dans lequel vous tentez une immersion. Remonter sa pente sera d'autant plus difficile pour qui se refuse à aller à contre-courant.
Boire la tasse ou prendre le bouillon, telle est l'alternative à laquelle vous serez confronté. Le choix n'est pas anodin puisque le premier suppose qu'on vous ramassera à la petite cuillère tandis que le second permettra à vos amis de vous regretter en prétendant que sur ce coup-là, vous n'avez pas eu de bol ce qui de toute manière vous fera une belle jambe dans votre bière dont chacun se plaît à dire que la première gorgée est la plus plaisante à défaut d'être douce.
Mais vous pouvez tout aussi bien opter pour l'eau salée, surtout si vous êtes au creux de la vague. Les possibles sont alors multiples et vous n'aurez que l'embarras du choix pour cette folie. Vous videz votre sac avant d'affronter le ressac, vous vous laisserez porter par la baïne pour prendre le large et ainsi disparaître à jamais en haute mer.
Agrandissement : Illustration 2
Ce serait manière de rejoindre les grands navigateurs qui sont passés par-dessus bord sans laisser de trace. Le sel a ceci de plus avantageux qui assurera un temps la conservation de votre dépouille même si par sa faute, la formule sans fleurs ni couronnes devrait caduque. Certains peuvent avoir froid dans le dos en lisant cet humour macabre qui coule à pic et les laisse de marbre. Je tiens cependant à préciser qu’ils font lourde erreur sur le matériau, puisqu'il sera plus judicieux d'évoquer le granit.
Le mieux au terme de ce propos vaseux certes mais guère aride, consisterait à passer l'éponge sur une vaine tentative de me jeter à l'eau par un jour de canicule. Le court-bouillon n'ayant jamais été mon fort, je préfère mijoter encore quelques lignes avant que de sombrer définitivement dans le ridicule.
L'eau d'ici ne coulant pas de source quand il s'agit d'évoquer l'eau de là. Il faut disposer de trésors de patience pour se laisser ainsi bassiner par un jongleur de mots qui a perdu pied tout autant que la tête. La seule certitude au terme de ce fastidieux exercice, c'est que jamais, il n'héritera de la moindre palme.
Quant à choisir une eau artificielle pour effectuer le grand saut, encore faudrait-il savoir écrire ce mot qui en la circonstance peut prendre trois habits différents. Il faudrait être sot pour agir de la sorte tant même dans les réserves naturelles, nos cours d'eau et nos océans sont remplis à plein seaux de microplastiques et autres métaux plus lourds encore que ma prose. Se jeter à l'eau c'est donc s'immerger dans les détritus d'une société qui a oublié de préserver le bien le plus précieux de cette planète et la source de toute vie ; une forme de saut dans le vide en somme ...