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Billet de blog 25 septembre 2025

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Charon et les gars de Loire

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Festival de Loire 2025

Depuis les temps immémoriaux où ce diable de Charon a pour mission de prendre à bord de sa barque ceux qui ont quitté cette vallée de larmes pour les conduire sur l'autre rive de l'Achéron, il en a vu défiler de drôles de passagers, des âmes en peine, des êtres éplorés. Il sut pourtant toujours mener à bien sa mission sans que jamais il ne lui fallut passer par-dessus bord des clients insupportables.

Mais depuis quelques années, il lui est arrivé d'accueillir à bord de drôles de paroissiens, des lascars prompts à lui faire moult remarques durant leur ultime voyage à propos de son embarcation ou sa manière de naviguer. Au début, il ne s'en formalisa guère, sachant que cette traversée restait souvent en travers de la gorge de ceux qui étaient à bord.

La surprise passée, il s’enquit de savoir qui étaient ces marins d'eau douce toujours prompts à se mêler de son labeur tout comme à lui faire des commentaires techniques au sujet de son embarcation. Jusqu'alors, nombre de ses hôtes étaient si abattus que pas un son n'émanait d'eux. Il apprit bien vite que sur Terre, le renouveau de la Marine de Loire expliquait l'apparition de cette curieuse engeance : haute en couleur et forte en gueule.

Il y en avait toujours un de cette troupe pour vouloir apporter des modifications sur la structure de sa barque, sur sa ligne et même sur sa constitution. Certains sortaient un rabot, d'autres un mètre, tous un calepin pour établir des schémas. À les écouter, ils étaient tous des spécialistes de la construction navale et avaient toujours quelque chose à redire sur bien des points.

Charon haussait les épaules, les laissait cracher leur dernier venin. Il se disait en son for intérieur : « Cause toujours, tu es à la fin du voyage. Arrivé à bon port, je n'entendrai plus jamais parler de toi ! ». Mais ce qui l'horripilait le plus c'était leurs remarques acerbes sur sa manière de mener sa barque. Lui qui était fort d'une expérience sans pareille, se trouvait en butte à des conseils sur le maniement des rames, de la godille ou de la bourde. Ils savaient tous mieux que lui.

Charon, quand il officiait pour ces voyageurs particuliers, prenait son mal en patience. Il savait qu'une fois de l'autre-côté, il en serait définitivement débarrassé. C'est du moins ce qu'il pensait, ne connaissant pas la capacité de ces gredins à se serrer les coudes dans la tourmente puis à trouver astuce pour en faire selon leurs envies.

Au fil des voyages, alors que les nouveaux arrivants étaient de plus en plus nombreux, ils se regroupèrent sur l'autre rive, refusant de se plier à leur nouveau statut. Tout au contraire, ils constituèrent une confrérie afin de se lancer dans un chantier naval sur l'autre rive de l'Achéron. Il est vrai que toutes les compétences étaient désormais dans la place.

Ils se mirent en demeure de construire une embarcation de nature à faire la traversée dans l'autre sens pour s'empresser de répondre à l'invitation du prochain Festival de Loire. Ils comptaient bien partir en bordée le temps d'une parenthèse enchantée de cinq jours, une misérable miette de temps dérobée à leur maudite éternité.

Compte tenu du caractère bien trempé des uns et des autres, les flammes de l'enfer n'avaient aucun effet sur leur détermination à réussir cette escapade. Il faut avouer qu'ils étaient tous certains d'être attendus avec impatience sur la place et que nul dans le monde des gars de Loire en activité ne trouverait à redire de leur présence à leurs côtés, bien au contraire.

Charon qui était le seul à disposer du privilège de la traversée à rebours se prit d'affection pour cette curieuse assemblée. Il prit l’habitude de venir examiner l'état d'avancement de leur chantier, admira les prouesses techniques dont ils faisaient étalage. Il lui vint l'envie d'échanger sa barque toute branlante au fil des temps immémoriaux contre ce magnifique bateau. Il fit part de son désir et se trouva confronté à une condition qui échappait totalement aux us et coutumes de la place.

Il se trouva embarqué dans une discussion sans fin au terme de laquelle il dut céder. Contre un voyage exceptionnel à rebours, les larrons acceptaient de confier leur bateau au sieur Charon à la condition qu'ils soient autorisés tous les deux ans à en reconstruire un autre avec d'éventuels arrivants supplémentaires. Ainsi fut conclu cette nouvelle alliance entre Charon et Mariniers défunts.

Illustration 2

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