Le cloporte du pénitencier.
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Ainsi donc la prison, fut-elle de la santé, ne se porte pas au mieux. Il est établi qu'en dépit d'un personnel pénitentiaire souvent cité en exemple par la classe politique et l'opinion publique pour son dévouement et son professionnalisme dans des conditions parfois difficiles et toujours délicates, l'arrivée inopinée d'un redoutable repris de justice, impose de renforcer le dispositif communément prévu.
Le locataire à titre gratuit d'une cellule haut de gamme bénéficie en effet d'une garde rapprochée personnelle, deux dévoués policiers qui subissent le même sort que la crapule qu’ils sont chargés de surveiller. Voilà bien une première me semble-t-il dans les règles de droit puisque deux individus qui n'ont aucun délit sur la conscience se trouvent incarcérés pour exercer leur profession et leur activité de surveillance rapprochée.
Quel message envoie pareille entorse aux lois communes ? Il y a bien des façons de considérer ce fâcheux précédent à commencer par la mise en doute des compétences du personnel pénitentiaire de la prison de la Santé. Voilà bien une insulte faite à un corps de métier qui a par le passé payé chèrement son dévouement pour une fonction ingrate s'il en est.
On peut aussi comprendre que la prison en général (et celle-ci en particulier) est un espace de non droit où règnent les plus terribles menaces pour les personnes qui jouissent un temps donné de son hospitalité. Les conditions de sécurité n'étant pas assurées totalement, pour ce locataire très spécial, une mesure complémentaire a été requise.
Il est permis d'imaginer que la présence d'un chef notoire d'une bande organisée puisse déclencher des mouvements d'humeur chez les détenus qui auraient, si on en croit les craintes en haut-lieu, bien plus de moralité que le caïd en question et nombre de ses soutiens à l'extérieur. Si cette interprétation rassure sur le pouvoir moralisateur de la peine, elle inquiète quant à la dangerosité de celui qui se trouve momentanément sous les verrous.
Les deux fonctionnaires supplétifs, détachés du ministère de l'intérieur pour accomplir cette mission très particulière sont de surcroît armés dans l'enceinte même d'un établissement placé sous surveillance stricte. Comment réagissent les surveillants qui quant à eux ne sont pas armés alors qu'ils sont confrontés à des personnages bien plus dangereux que ce triste sire ? On devine les effets négatifs d'un tel précédent.
Outre ces aspects théoriques, il nous appartient de nous inquiéter de ces deux braves fonctionnaires qui, si l'on en croit la sentence prononcée, devraient passer cinq longues années à côté de ce détenu d'exception. Qu'en sera-t-il de leurs traitements ? De la prise en compte des heures supplémentaires ? Du calcul de leur retraite ? De leur vie familiale ? Il se murmure que pour l'instant, ils n'ont obtenu que la discographie complète et dédicacée de l'épouse du détenu.
Ajoutons à ces problèmes périphériques des questions plus fondamentales quant à la santé même de notre nation. Est-il légitime qu'un Président de la République accorde une visite à un futur détenu et que le garde des sceaux se fende d'une visite en dehors du parloir réglementaire ? La loi n'est-elle pas la même pour tous dans ce pays ?
Nom d'un pétard et même de deux dans le cas présent, cette farce tourne à la pantomime et à la déconfiture des règles de droit, bafouées dans toute la largeur par ceux-là même qui en sont les garants pour le cloporte du pénitencier comment l'aurait chanté Johnny. Faut-il rappeler à tous ces personnages qui se pensent au-dessus des lois que dans la devise de notre République figure le mot « Égalité ! » qui vaut même pour tous ceux que la justice a privé de « Liberté » et qu'il ne peut y avoir de « Fraternité » que pour ce seul personnage qui au demeurant ne mérite en rien notre compassion.