Ailleurs et ici

Vagabonde pérégrination textuelle.

Embarquement immédiat

a1

 

Partir, voyager, aller à l’autre bout du monde comme si l’ailleurs était nécessairement inaccessible, nécessite de prendre l’avion en mettant en péril notre Planète. Et si vous preniez la peine de le découvrir à deux pas de chez vous, dans un endroit secret, un petit coin qui échappe à la multitude et aux injonctions des agences de voyage ?

Partout dans notre beau pays, il est des ailleurs qui méritent le détour, qui ne demandent qu’à vous accueillir le temps d’une immersion, d’un abandon total de votre part. Pour quelques instants ou bien plus longtemps, laissez-vous porter par la magie d’un paysage, la beauté d’un monument, la bienveillance d’un hôte. Point n’est besoin de spectaculaire et de grandiose pour jouir pleinement du dépaysement.

Je pense à ce groupe d’amis qui le temps d’un dimanche maussade, brumeux et froid a décidé de se réfugier sur la Loire, de partir à l’aventure alors que la dame roulait ses eaux. Ils se sont réfugiés sur une île, ont préparé un barbecue. Le monde pour eux, durant ces quelques heures n’existait plus. Ils étaient coupés des tracas quotidiens, des troubles de l’actualité, des vicissitudes de l’existence pour jouir de cette communion avec la nature, admirer les oiseaux, profiter du bonheur d’une amitié sincère.

Je sais encore ces deux compagnons de voyage prêts à reprendre leurs frêles embarcations pour découvrir la quiétude d’une navigation au fil des flots, lentement, sans moteur. Ils se perdront dans les îles, ils iront à la rencontre des gens du pays, ils prendront le temps de discuter, de leur accorder ces biens précieux, immatériels, gratuits que sont l’attention et la considération. L’ailleurs c’est aussi les autres, en situation de pareil et non de décor exotique qu’on observe à travers les vitres d’un autocar.

Je connais nombre d’amoureux de la nature pour qui l’ailleurs se déniche au petit matin, au lever du jour quand les animaux se meuvent sans crainte. Ils les approchent, ils les saisissent d’un cliché discret puis se perdent en contemplation. Leur dépaysement alors mérite d’être partagé quand la photographie sera envoyée à leurs relations ou bien exposée. Cet ailleurs est à deux pas de chez eux, ils le retrouvent tous les jours et à chaque fois, il est différent. C’est là un refuge précieux, une bulle de délicatesse.

L’ailleurs c’est encore les autres, ceux qui en viennent en fuyant des situations odieuses, des conflits, la misère ou bien la guerre. Ils ne sont pas les bienvenus dans une nation trop heureuse de ne plus rien savoir des tourments des armes. Nos visiteurs sont repoussés, montrés du doigt, parqués et pourtant des individus se dressent pour leur tendre la main, les écouter, les aider. Pour eux l’ailleurs s’exprime dans leur capacité à favoriser l’accès à l'ici.

D’autres encore se construisent des niches. Les uns s’isolent dans une structure mobile qu’ils posent de villages en campagnes. Ils font de tout leur territoire un ailleurs qu’ils observent à travers le pare-brise de leur camping car. Moins rapides, ceux-là prennent le sac sur le dos et marchent sur un chemin balisé ou bien à l’aventure, l’ailleurs est au bout de leurs chaussures, à chaque pas différent, à chaque rencontre réjouissant. Plus véloces, ils sont de plus en plus nombreux à enfourcher la petite reine, à suivre les pancartes de la Loire à vélo pour entrer en communion avec la dame Liger et son somptueux décor.

Qu’importe vos ailleurs, il s’agit simplement de les vivre totalement, de vous immerger en coupant le lien qui vous attache à votre vie habituelle. Il conviendrait pour que l’aventure soit effective de couper ce maudit téléphone, de ne plus rien savoir de ce monde qui s’emballe et va à sa perte. L’ailleurs a besoin de se sentir unique. Vous ne pouvez être ici et là en même temps et c’est en acceptant ce lâcher prise merveilleux que vous retrouverez l’immense sagesse de celui qui pérégrine le cœur ouvert à l’autre.

Vagabondement vôtre.

voeux

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.