À bien y regarder…
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Voilà bien un sujet qui n'a jamais fait couler beaucoup d'encre, quoique lorsqu'on chasse le naturel, il revient au galop. Fort de mon habituelle diarrhée verbale, je ne suis pas homme à repousser le défi et c'est en me retroussant les manches que je vais tenter d'aborder un dossier de fond qui relève de la question de société.
Il convient au préalable de s'étonner qu'on puisse nommer lunette un objet d'un telle taille qui non seulement est unique mais ne laisse rien voir d'extraordinaire. Nous devrions le nommer monocle si les lois de l’arithmétique étaient respectées à moins que l'abattant final lui confère cette dualité qui sied à ce terme.
Cette fameuse lunette, au fil du temps en vient à branler du chef, à se mettre en travers de cette fonction vitale qui vous contraint à tant d'efforts. Non seulement, elle rend incommode la station assise mais la fourbe, elle garde en souvenir quelques erreurs de visées de compères maladroits et incapables de lui restituer sa pureté originelle. Pour corser le tout, cette lunette refuse parfois de rejoindre son abattant dans sa position verticale pour laisser libre cours aux écoulements incertains. C'est à croire qu'elle aime se laisser souiller dans pareil cas.
Une lunette au bout du rouleau présentant tous les défauts qui risquent de mettre à mal votre chevauchée sauvage doit être impérativement remplacée. Mais qui ose de nos jours, aller dans un commerce spécialisé avec la pièce usagée pour trouver selle parfaitement adaptée à sa cuvette ? On se contente sottement de prendre des mesures qui s'avèrent toujours incertaines pour qui est mal dans son assiette.
De plus, le système de fixation a souvent du mou dans la corde à nœuds et ne permet pas une symbiose qui ne blesserait pas vos royales fesses. Le commerce du trône a sans doute pris de la noblesse avec des systèmes de plus en plus sophistiqués, élaborés et souvent à haute teneur technologique mais il se refuse à établir une norme sur cet élément primordial de cet intestin confort domestique.
Il convient d'examiner à la loupe les différentes propositions qui font l’orgueil des fils et petits fils de Jacob et Delafond. Laissons de côté le WC turc qui semble être désormais au fond du trou pour se pencher sur le nouveau venu : le suspendu qui se libère des lois de l’apesanteur pour vous faciliter le travail. Vous avez alors l'impression d'être sur un tapis volant qui vous offre un merveilleux trou d'air.
Le progrès aidant, certains sont équipés d'un lavabo quand d'autres offrent une douche intime pour mettre le papier au rencart. Cette innovation nous vient du Japon qui en la matière tient la corde sans plus se préoccuper de la moindre chaîne. Ne nous trompons pas, ceci annonce une révolution en ce domaine qui risque fort de mettre à pied la filière du papier hygiénique.
Cependant, il m'appartient de tirer un signal d'alarme et non pas la chasse pour rappeler que l'eau est déjà un problème majeur pour cette planète. La toilette sèche, qui se passe d'eau constitue à n'en point douter l'avenir de l'humanité. Nous sommes loin des problèmes d'adaptation de notre lunette mais n'est-il pas de notre responsabilité vis à vis des générations futures de sortir de notre vision à courte vue en la matière fécale ?
Au terme d'un texte qui pour une fois n'a pas été écrit sur ma chaise percée afin de me dégager de toute influence néfaste pouvant émaner de ce lieu, je vous conseille de le relire d'une fesse attentive dans vos édicules, quelle qu'en soit la nature. Au terme de cet exercice certes périlleux, vous regarderez à deux fois cette lunette dont on ne se préoccupe jamais assez.
Quant à ce billet, il n'a nulle prétention à entrer dans les annales du bac en dépit d'une consistance quelque peu douteuse. Cependant, je crois bon d'ajouter que sa lecture est exonérée d'impôt.
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