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Billet de blog 29 juillet 2025

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La fin du tour de France.

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L'été en pente douce

Illustration 1
© Lucie LLONG

Je devine aisément que ce sentiment loin d'être partagé par la majorité est le résultat d'une relation à un calendrier d'un autre temps, une manière d'envisager le cours des choses au regard d'un point d'orgue qui depuis une centaine d'année, a symbolisé l'été tout comme une manière de célébrer une certaine conception de la douceur de vivre en ce pays.

Le début du tour de France fut longtemps le marqueur des vacances. Avant lui, tout le monde était à l'ouvrage, après lui, la nation se scindait en deux catégories fort distinctes ; les juillettistes et les aoûtiens. Entre ces deux clans, grandes étaient les différences et même les manières de vivre. Il y avait là des distinctions qui étaient de nature inconciliable.

Mais pour tous, un seul trait d'union marquait alors l'esprit des vacances y compris pour la multitude des ouvriers qui attendaient impatiemment le mois suivant pour lever le pied et s'offrir alors quatre semaines continues de congés payés. Le Tour de France qui pourtant n'était pas retransmis en continu sur la seule chaîne de télévision, était le marqueur d'une nation qui se la coulait douce.

Tandis que les forçats de la route trimaient comme des galériens pour gagner la ligne d'arrivée, le peuple célébrait la beauté d'un territoire qui était le théâtre de la plus grande épopée qui soit. L'épreuve, si elle mettait en évidence des sportifs dignes d'éloge et d'admiration, était surtout là pour chanter les beautés du plus beau pays du monde. C'est du moins ainsi que nous envisagions cette tournée promotionnelle.

Nous ne disposions alors que de brèves images et des articles d'une presse qui convoquait alors ses plus belles plumes pour écrire des pages remarquables chantant les louanges des champions de la petite reine tout autant que décrivant d'un style dithyrambique les magnificences d'un pays qui n'existait que pour servir de terrain de jeu à cette aventure unique au monde.

Nous avons grandi avec la conviction d'être les enfants les plus privilégiés au monde puisque spectateurs de la plus grande aventure humaine. Il n'en fallait pas plus pour que notre mois de juillet se déroulât ainsi en endossant symboliquement le maillot du vainqueur ou plus sûrement la défroque du héros toujours second. Nous nous divisions ainsi entre les tenants du champion invincible ou du glorieux battu.

Qu'importe, le Tour était notre manière d'entrer de plain-pied dans une admiration sans borne pour notre pays tout autant qu'une manière d'envisager la réussite ou l'échec. Il y avait de la fascination pour les efforts surhumains des cyclistes tout autant qu'un orgueil incommensurable pour le pays de notre enfance. Nous nous pensions ainsi au centre du monde, sentiment que nos maîtres avaient soigneusement entretenu durant l'année scolaire.

Puis soudain tout s'arrêtait. Le mois d'août nous tendait les bras avec ce vide qui le caractérisait si bien. Il y avait d'abord l'absence des copains qui avaient la chance de partir en vacances, qui allaient ; bonheur suprême, au bord de la mer. Il y avait surtout le vide dans mon village d'en-France tandis que les usines avaient fermé leurs portes et éparpillé loin de chez nous, les ouvriers en goguette.

Il avait suffi que la ligne d'arrivée fut franchie pour que le pays ou pour le moins mon petit coin de paradis tombe mystérieusement dans une curieuse léthargie. La fin du tour de France, c'était étrangement la plongée dans l'attente lointaine certes, mais ô combien attendue d'une rentrée scolaire qui attendrait la mi-septembre pour se matérialiser.

Pour le fils du maroquinier, elle prenait de l'avance quand la boutique se remplissait de sacs en cuir à raccommoder, repriser, rafistoler, ravauder qui s'amoncelaient en une montagne qui n'avait pas l'heur d'effrayer mon père qui devait la gravir avec ses aiguilles courbes. Chaque sac ne disposait pas d'un dossard mais du nom de son propriétaire écrit à la craie blanche. Le tour de France n'était plus qu'un lointain souvenir …

Illustration 2
© Lucie LLONG

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