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Billet de blog 29 décembre 2025

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Idolâtrie.

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Les œillères de l'admiration.

Illustration 1

Il n'est plus guère une semaine durant laquelle les médias annoncent le décès d'une célébrité tant le culte de la personnalité a fait rage depuis l'avènement des générations issues de l'ère des médias audio-visuels. Il n'est pas un mois où l'annonce vire au deuil national avec son lot de rétrospectives et de propos hagiographiques. Dans le cas présent, cela semble tourner à l'hystérie collective. On peut croire un instant que la planète va s'arrêter de tourner pour déplorer la disparition d'une étoile.

C'est ainsi qu'on pleure dans les chaumières, qu'on déplore par là-même la perte irréparable d'un pan de sa jeunesse ou l'amour platonique d'une existence. Tous les excès de flagornerie sont alors dans des messages qui inondent les réseaux sociaux avec ce sigle anglophone qui tend à devenir un acronyme, RIP comme si tous ces braves francophones étaient désormais incapables d'écrire « Repose en Paix ! » ou quelque formule mieux sentie.

Le plus surprenant dans ce phénomène c'est que nombre d'entre-nous y vont, non pas d'un commentaire personnel, d'une anecdote ou d'un souvenir mais de l'annonce même d'un décès qui fait toutes les Unes en reprenant in extenso le contenu. Un phénomène moutonnier qui ne peut s'expliquer que par l'incapacité de plus en plus patente à s'exprimer par la rédaction originale d'un quelconque message original.

Je ne me hasarde pas ici à mesurer la vacuité de cette démarche qui ajoute de manière inconsidérée à la débauche énergétique pour des commentaires d'une inutilité sidérante. Exister exige sans doute d'avoir quelque chose à dire à la face du monde sans pour autant se fendre d'un long discours, d'un commentaire personnel et d'une analyse sérieuse.

Mais l'essentiel est ailleurs dans ce retour à l'idolâtrie qui n'a plus besoin de Dieux factices ou de représentations naturelles. Il s'agit désormais d'élever au rang de divinités personnelles de simples mortels qui par la magie de la notoriété sont adulés à l'image des dieux passés. C'est la nouvelle spiritualité avec ses travers et ses intolérances, ses fanatiques que l'on qualifie de fans et ses fidèles qui sont bien souvent des adorateurs inconditionnels tutoyant les rives de l'hystérie.

Car la chose se propage au cinéma, à la chanson, au sport et même parfois à la politique en laissant de côté les formes de l'expression artistique et culturelle qui élèvent l'individu au lieu de se contenter d'en faire un simple sujet béatifiant. On ne brûle plus les icônes, on les vénère à nouveau, les encense, les admire, les porte aux nues.

Malheur à qui alors vient émettre des réserves sur l'exemplarité de la personne, qui évoque des travers détestables ou des positions discutables (ce qui est largement le cas cette fois-ci). Ces remarques relèvent soudainement du blasphème ce qui vaut à l'impudent d'être voué aux Gémonies par les fidèles de la défunte idole. Le plus insupportable réside justement dans la dimension misérablement humaine de celui ou de celle qui est ainsi adulé.

La célébrité est bien souvent l'occasion de tomber dans des excès, des comportements discutables, des dérapages qu'une vie qui échappe forcément à celle du commun des mortels poussé à son paroxysme. Il n'est qu'à voir les agissements de ceux qui agitent les chroniques judiciaires et qui pourtant sont défendus mordicus par leurs adorateurs victimes d'une parfaite cécité.

Ces nouveaux idolâtres se contentent donc de vivre par procuration, d'aliéner leur libre arbitre à des images fictives qui ne sont en rien des modèles, bien au contraire. Jadis, les divinités avaient été conçues pour défendre des valeurs, fixer des directions, montrer des voies. Aujourd'hui, ces nouveaux Dieux de pacotille bien au contraire démontrent avec une arrogance extrême que tout est permis pourvu que l'argent et la gloire soient au rendez-vous. Jolis modèles, merveilleuses perspectives qui expliquent sans nul doute la décrépitude totale de notre société.

Illustration 2
© Capton

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