Seul l’adjectif est bien choisi

Gloire à Pénélope - Le billet de François Morel © France Inter

 

Non, monsieur le Prince des risettes, les accusations dont vous êtes l’objet ne sont pas abjectes : vous faites grave et grossière erreur sur le substantif. Je comprends aisément que ce déballage en place publique puisse vous choquer, vous déplaire et, éventuellement, vous contrarier quoique je doute qu’on soit sensible à la contrariété quand on pratique votre curieux et étrange métier. Ce qui est certain c’est qu’effectivement l’abjection est à son comble !

Laissons les révélations, vous saurez démontrer qu’elles sont infondées, invérifiables, déplacées. Vous ferez assaut de démentis, apportant des preuves indiscutables comme on sait en produire dans votre joli monde. Vous mettrez votre bonne foi sur la table ; il faut bien que vos valeurs chrétiennes vous soient d’une quelconque utilité. Juré, craché, rien de fictif dans tout ça, madame votre tapissière fait bien son métier de femme d’homme politique.

Ce qui est abject,monsieur le moralisateur fictif, ce sont les sommes annoncées, sommes que, du reste, vous trouvez parfaitement normales, tant la belle Pénélope est brillante, discrète, merveilleuse, douée, disponible, dévouée à son cher Ulysse. Vous pensez que les petits services rendus, les papiers classés, les réponses téléphoniques, les déplacements à vos côtés méritent ces sommes exorbitantes, détournées du budget de la nation.

Vous qui pensez, pour flatter vos amis du Medef que le pauvre type qui travaille par tous les temps sur un chantier, à la poussière et au bruit gagne beaucoup trop d’argent et met en danger la compétitivité de nos entreprises, vous qui affirmez que nous sommes des parasites honteux quand nous voulons que nos frais médicaux soient entièrement remboursés, vous qui déclarez que 500 000 fonctionnaires doivent gonfler les rangs immenses des assistés des allocations chômage qui, elles aussi, sont bien trop élevées, vous prétendez la main sur le cœur, que votre tendre compagne vaut bien ce qu’elle touche sans la moindre goutte de sueur !

Mais quelle mentalité est la vôtre ? Quelle conception avez-vous de la vie et de la charité chrétienne ? Où sont vos fameuses valeurs ? Les valeurs ce sont celles que vous glissez dans vos poches et celles de vos pareils. Même si madame a vraiment travaillé, mérite-t-elle de toucher quatre à cinq fois plus que ces pauvres gens qui ont de véritables métiers, difficiles, ingrats, ennuyeux ?

Vous aspirez à tenir les rênes de la nation, vous ne savez rien de nos vies, des souffrances, de la difficulté à tenir un budget. Vous vivez dans des palais avec des prestations qui n’ont rien de républicain. Qu’est-ce qui justifie le luxe dans lequel nos institutions continuent d’évoluer ? Qu’est-ce qui justifie vos salaires pour un mandat qui n’est pas un métier ? Qu’est-ce qui justifie vos avantages, votre immunité, vos places réservées, vos gardes du corps ? Ce n’est pas une République c’est une monarchie élective et vous en êtes le parfait exemple.

Oui, monsieur le misérable, votre attitude et celle de vos pareils est parfaitement abjecte. Vous avez oublié qu’une fameuse nuit du 4 août les privilèges étaient abolis, privilèges que vous vous êtes empressés de rétablir, mafieux dans ces bandes organisées qu’on nomme Partis Politiques et qui ne sont que des machines à détourner de l’argent, à payer grassement des collaborateurs, à tromper, à gruger, à mentir.

Tout cela est abject comme le sont vos conférences à l’étranger et celles de vos anciens patrons. Vous n’avez qu’une idée en tête : faire du fric ; vous vous gavez sur la bête et c’est nous la bête : ces pauvres imbéciles qui crachent au bassinet pour vos frais, vos indemnités, vos avantages, vos collaborateurs, vos déplacements, vos petits repas, votre train de vie.

Alors fondées ou infondées ces accusations ne sont que la triste révélation d’une conception monarchique de la République, une lecture abjecte de ce que devrait être la représentation nationale. Ce n’est pas vous seul qui devez dégager, c’est toute cette cinquième République, fondée sur une absence totale de contrôle citoyen et sur la professionnalisation des mandats électifs. Quand avez-vous réellement travaillé vous, monsieur, qui venez nous demander des efforts ?

Que vous puissiez nous imposer de nous serrer la ceinture, c’est ça qui est abject. L’abjection, faut-il que je vous en donne une définition ? Je ne pense pas que ce soit nécessaire. Faites votre examen de conscience et menez à bien votre introspection. Vous verrez surgir une image parfaitement et irrémédiablement abjecte et nulle confession ne viendra laver cette vérité.

 

Abjectionnement sien.

francois-fillon-et-penelope-fillon-son-epouse

 

 

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Que vous puissiez nous imposer de nous serrer la ceinture, c’est ça qui est abject. L’abjection, faut-il que je vous en donne une définition ? Je ne pense pas que ce soit nécessaire. Faites votre examen de conscience et menez à bien votre introspection. Vous verrez surgir une image parfaitement et irrémédiablement abjecte et nulle confession ne viendra laver cette vérité.

Vraiment inutile de se serrer la ceinture mais vraiment très utile de lire "La déconnomie" de Jacques Généreux

CoolCoolCool

Extrait :

 

La "déconnomie" sous le régime de Jean Tirole et autres "néoclassiques"...

Nous avons sans doute ici la manifestation d'un biais cognitif abstrait - incapable de décrire le monde réel - en des termes audibles par des gens bien réels : ces derniers parlent d'"emplois" et non pas de volume d'heures de travail" louées sur une bourse imaginaire, car, pour eux, le "travail" évoque des personnes indivisibles et non une marchandise infiniment divisible en jours, heures

 http://www.seuil.com/ouvrage/la-deconnomie-jacques-genereux/9782021241198

Page 323 à 328

Sous l'effet d'éviction, le bogue cognitif  (extrait )

Pourtant, la thèse d'une telle éviction automatique et systématique (les néoclassiques se demandent comment un individu rationnel affecte un stock donné de ressource donné de ressources à des usages alternatifs, l'équilibre général automatique est censé maintenir l'économie au plein-emploi et donc au niveau maximum de production possible), ressurgit régulièrement sous la plume des économistes du mainstream. Dans son dernier ouvrage, le Nobel français Jean Tirole https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Tirole la reprend à son compte sur la base d'un raisonnement éclair en sept lignes : "D'abord, créer des emplois de fonction publique, pour faire simple, ne crée pas d'emplois : l'augmentation des impôts nécessaires pour financer ces emplois devra bine être payée d'une manière ou d'une autre. Si, par exemple, les cotisations sociales ou la contribution économique territoriale sont augmentées, les bines et services produits par le secteur privé coûteront plus cher et les entreprises privées, perdant en compétitivité, embaucheront moins (Jean Tirole, Économie du bien commun, PUF,2016,p.229). "Pour faire simple", dit-il. C'est vraiment le moins que l'on puisse dire !

On est d'abord frappé par l'incohérence des propos : l'argument développé explique le contraire de ce qu'il est censé démontrer ! En effet, si le développement de l'emploi public fait les entreprises "embaucheront moins", cela veut dire que celles-ci continuent à créer des emplois à un rythme moins soutenu, et non pas qu'elles débaucheront les salariés déjà employés. dans ce cas, il y a bine une création nette d'emplois. Ici, M. Tirole semble confondre une diminution du nombre absolu d'emplois ; c'est juste une stupéfiante erreur d'arithmétique.

Mais comment un brillant mathématicien https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Tirole

pourrait-il faire une bourde pareille ?

Cette étrangeté tient sans doute à une erreur de traduction du discours abstrait de la théorie en langage déchiffrable des lecteurs humains. Dans l'univers néoclassique parfaitement imaginaire, personne n'a un "emploi" ou ne crée un "emploi" au sens courant du terme. Il n'y a qu'un marché du travail sur lequel  les individus proposent la location d'heures de travail à des employeurs potentiels. Imaginez donc une bourse où, chaque matin, la confrontation du volume d'heures de travail offert et du volume demandé détermine le prix horaire et la quantité de travail employée pour la journée (en fait, dans la théorie, on raisonne comme si cette bourse du travail se tenait en permanence et ajustait prix et quantités à chaque seconde).

Avec cette fable théorique en tête, l'"embauche" ne désigne plus une "création d'emploi", mais la location d'un volume de travail (nombre d'heures) pour la journée : les personnes qui ont été "embauchés" n'ont pas obtenu ce que nous appelons un "emploi" ici-bas, dans le onde des vivants : ces personnes débuchés à la seconde où se termine le temps de travail loué le matin. Dans cet univers imaginaire, dire que les entreprises "embauchent moins" signifie bien que  le nombre total d'heures employées diminue par rapport à la veille, ce que l'économie néoclassique peut mal traduire par "emploi diminue", parce qu'il confond un nombre de personnes dotées d'un emploi avec un volume total d'heures travaillées. Du coup, Jean Tirole https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Tirole, tout en pensant quelque chose qui fait sens dans son modèle abstrait de référence, exprime un argument qui n'a aucune espèce de sens intelligible pour nous autres, les simples mortels.

Nous avons sans doute ici la manifestation d'un biais cognitif abstrait - incapable de décrire le monde réel - en des termes audibles par des gens bien réels : ces derniers parlent d'"emplois" et  non pas de volume d'heures de travail" louées sur une bourse imaginaire, car, pour eux, le "travail" évoque des personnes indivisibles et non une marchandise infiniment divisible en jours, heures, secondes. Alors pour se faire comprendre, le cerveau du scientifique peut prendre le raccourci qui consiste à plaquer les mots de la vrai vie sur les concepts surréalistes du modèle théorique. Le problème est évidemment que, ce faisant, il dit une bêtise et induit son interlocuteur en erreur, comme on l'a vu.

On retrouve la même confusion des termes lorsque Jean Tirole https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Tirole énonce un argument insensé contre les partisans d'une réduction du temps de travail (RTT) : " Paradoxalement, l'hypothèse sous-jacente à la fixité de l'emploi et donc à la politique de réduction du temps de travail afin de permettre un partage de l'emploi est la même que celle qui sous-tend le discours des partis d'extrême droite quand ils soutiennent que les immigrants "prendraient" le travail ds résidents nationaux au motif que cet emploi serait en quantité fixe. " Passage assez extraordinaire en vérité, tant il illustre comment deux biais cognitifs peuvent se combiner pour formuler une absurdité. Ici, M. Tirole confond à nouveau le nombre total d'heures travaillées et le nombre de personnes qui ont un travail.  On retrouve le raccourci simplificateur qui biaise le raisonnement ; l'auteur semble habitué à confondre volume de travail et emploi, "pour faire simple". Mais du coup, son reproche aux partisans de la RTT est insensé. En effet, ces derniers n'ont jamais proposé de partager les emplois, ni supposé que l'emploi serait en quantité fixe ; ils disent exactement le contraire : le nombre d'emplois est toujours variable, puisqu'il est possible de répartir le volume total d'heures de travail nécessaire à la production entre le nombre variable de personnes. Tout occupé qu'il est à démontrer que les partisans de la RTT ont tort (préoccupation idéologique), au lieu d'être occupé à raisonner "volume d'heures travaillées" par "emploi", avec le même résultat que précédemment : un contresens total. Mais cette fois, ce n'est pas (ou plus seulement) la difficulté de traduction qui induit l'économiste en erreur, c'est aussi le court-circuitage de la réflexion par la passion idéologique. Car l'erreur de traduction procure un bénéfice dans le combat idéologique : elle permet de discréditer les adversaires de l’économiste, de les assimiler à des nationalistes xénophobes en confondant le raisonnement des premiers avec celui des seconds, alors qu'ils n'ont rien à voir. les premiers veulent étendre le travail pour tous en permettant à chacun, y compris les immigrés, de travailler un peu moins chaque semaine ; les seconds veulent renvoyer les immigrés "chez eux" et se sont régulièrement déclarés contre la réduction du temps de travail !

Soit Tirole ne se rend pas compte qu'il raisonne de travers ; il est juste de bonne foi et victime, comme nous tous plusieurs fois par jour, de biais cognitifs manifestant la propension naturelle de notre cerveau à privilégier une pensée réflexe intuitive qui n'a rien à voir avec l'effort de réflexion qu'exige un propos parfaitement rationnel (cf. chap 9 "Comprendre la bêtise des intelligents. Biais cognitifs obscurantisme et sectarisme). Dans ce cas, c'est terrifiant, car nous ne commentons pas ici des propos lâchés à la va-vite devant un micro-trottoir, mais un texte écrit et réécrit, revu et corrigé pour âtre publié dans l'intention d'éclairer le grand public.

Soi Tirole sait exactement ce qu'il fait et confond à dessein des concepts et des arguments totalement dissemblables pour mieux servir son objectif politique, auquel cas cela serait lamentable. Mais je ne pense pas que cela soit le cas.

N'ayant pas le goût des procès d'intention, je crois personnellement à la première option : le court-circuitage en large partie inconscient de la pensée rationnelle. J'ai tendance à croire que ceux qui cherchent délibérément à manipuler les esprits font carrière dans le marketing ou la politique et non pas dans la recherche scientifique.

Cette discussion met en évidence le fait que, si nous voulons comprendre quelque chose à l’argumentaire d'un économiste entraîné à penser dans un cadre purement abstrait, il faut nous méfier des termes qu'il emploie lorsqu'il entend nous expliquer le monde réel. Ainsi prévenus, nous pouvons enfin revenir au sujet initial de  notre discussion : l'éviction de l'emploi privé par l'emploi public.

CoolCoolCool

A bientôt.

Amitié.