L’ogre insatiable veut dévorer le petit Poucet

David contre Goliath à la Métropole

Se casser la Binette pour un plat de flageolets

 

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La politique locale a pris le parti de ressembler à un conte de fées dans lequel les mauvais diables auraient la fâcheuse idée de tenir systématiquement le haut du pavé. C’est sans doute pour permettre aux moqueurs de toutes natures de se gausser des uns tout en prenant partie pour les plus faibles. Notre nation aime s’amouracher des perdants sublimes, la popularité de Raymond Poulidor en fut la parfaite illustration.

C’est donc pour ne pas déroger à la règle que je prendrais faits et causes pour le bon maire de Bou, un coup de Coeur qui s’impose dans le marigot local. Il a souhaité défendre les couleurs des toutes petites communes, méticuleusement laminées par la grande cité dans un vaste ensemble qu’on nomme Métropole pour mieux leurrer les gogos.

Monsieur le petit Maire s’est dressé contre le rouleau compresseur de l'alliance tacite de la carpe et de la tortue. Il s’est présenté sans crier gare alors que tout avait soigneusement été organisé en sous-main, dans les alcôves d’un arrangement entre coquins. Pire même, comme le vote est secret, chacun y alla de sa mauvaise humeur en sanctionnant le vilain petit canard, l’impayable Flageolet qui passa à la trappe et se vit priver des subsides de la charge qu’on lui avait promise.

Le coup mit hors de lui l’instigateur d’un complot ourdi avec brio et gros sabots pour enfoncer plus encore les amis d’hier. La riposte ne tarda pas. L’ogre voulut dévorer tout cru le Petit Poucet, celui dont personne n’avait envisagé la présence. Au bout du Bou, il aurait dû rester quantité négligeable, figurant silencieux d’une comédie ben réglée, cocu consentant dans ce vaudeville politique.

Cette fois, c’est Flageolet en personne qui fut contraint de se cacher dans le placard. Il y attendit que les pressions et autres menaces finissent par décourager le malotru, avec la complicité d’un Président d’une prétendue gauche qui se moque autant de démocratie que de sa dernière chemise. Une démission arrachée par la force, une forme de viol électif que ne renierait pas le ministre de l’intérieur. La politique retrouvant soudain ses lettres de bassesse, celles qui en font la plus indigne des activités humaines.

Mal leur en prit, la publicité faite à l’outrage fit grand bruit. Le malheureux déchu fut rétabli dans ses droits légitimes par la vox-populi qui s’indignait qu’on puisse ainsi se prétendre démocrates et nier à ce point la valeur d’un suffrage. Pourtant, l’exemple du traité de Lisbonne rendant caduque un référendum aurait dû mettre la puce à l’oreille à tous les naïfs. Les compères et camarades de partis de ceux-là même qui avaient commis ce parjure étaient une fois encore à la manœuvre.

C’est au Préfet, représentant de l’État de se dépatouiller de cet imbroglio pitoyable. L’homme en digne représentant d’un état qui méprise le bon peuple, sera fort ennuyé. Si sa raison d’État penche vers Goliath : celui qui peut aisément et sans remords écraser ces misérables vermisseaux du peuple ; il lui faudra tenir compte de la légitimité de David Cœur de Lion, adoubé par les petits et les sans grande.

Le Préfet va manger sa casquette et se prépare à un terrible conflit de valeur. Puisse-t-il pour une fois, cesser d’être du côté de la cognée. J’en doute. La farce ne peut se satisfaire de s’achever de manière morale. Il n’en va jamais ainsi dans ce monde de margoulins et de fins tacticiens. Tout est couru d’avance pour que jamais ne puisse s’exprimer la voix d’en bas. Les opprimés doivent rester des faire-valoir dont la seule obligation est de la fermer ! Prenez donc bien garde à ne pas pousser le bouchon trop loin, il finira par sauter tant la colère est grande, messieurs les profiteurs et les magouilleurs !

Démocratiquement sien.

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